rendons les mardis plus joyeux

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đŸŒŒHumer, renifler et respirer de la joie

C’est l’Ă©tĂ© ! C’est le temps parfait pour une missive lĂ©gĂšre sur des dĂ©couvertes parfums. Je vous partage les derniĂšres choses qui ont fait vibrer mes narines.

J’aime les parfums lourds, avec un jasmin animal ou une tubĂ©reuse, une vanille boisĂ©e ou les muscs ambrĂ©s, enveloppants. Bonus si on y colle du benjoin ou du miel. Un cĂŽtĂ© crĂ©meux, lactĂ© mais pas trop lactonique.

J’aime faire chuchoter les parfums qui parlent fort. J’en mets peu, parfois derriĂšre les genoux pour les sentir quand je m’assois, quand je marche. Parfois dans le cou, pour le sentir quand je penche la tĂȘte.

Je suis assez expansive et n’ai pas besoin de laisser le parfum parler Ă  ma place. Je suis gĂȘnĂ©e Ă  l’idĂ©e d’intoxiquer mes voisin-e-s qui pourraient ne pas aimer mes effluves chargĂ©es de fleurs blanches et de vanille tapageuses.

Depuis quelques temps, j’oriente mon nez vers des territoires que je ne connaissais pas, vers des aromatiques, des hespĂ©ridĂ©s, des fragrances plus claires. Au dĂ©but c’était dĂ©stabilisant, j’avais une sensation d’évidence, pourquoi payer pour des choses « faciles » ou Ă©videntes. Sauf que vous en doutez, ce n’est pas si simple. DerriĂšre la volatilitĂ© des hespĂ©ridĂ©s, il y a de la profondeur, derriĂšre les pĂ©tales doux et l’aspect « cotonneux » il y a des interprĂ©tations diffĂ©rentes qui, en se distinguant d’une note seulement, offrent bien plus qu’un petit pas de cĂŽtĂ©.

Sentir la transparence

Si je vous dis parfum d’eau pure ? Vous dites quoi ? DaphnĂ© Bugey, a beaucoup Ă  partager. Et ça se matĂ©rialise avec L’Eau pure de Kenzo.

L’Eau pure de Kenzo c’est une interprĂ©tation d’une eau propre et transparente. La vendeuse me le propose en me disant « ce n’est pas comme Rem de RĂ©miniscence, L’Eau pure sent l’algue ». Moi j’ai entendu « tiens vas-y enroule dans une feuille de nori histoire d’incarner le maki que tu es ». Vendeur non ? En plus, je l’ai Rem, et oui il sent l’eau saline, la mer, la vanille. C’est un peu intoxicant mĂȘme si rĂ©ussi. Et lĂ , on me propose un parfum qui sent l’algue, ça fait envie non ?

A moi oui, parce que j’aime les parfums surprenants. Et non, ça ne sent pas l’algue. Ça sent la transparence. Sur la peau, on sent une note inconnue, synthĂ©tique (ce qui n’est pas un dĂ©faut, entendez bien), des hespĂ©ridĂ©s clairs qui se posent sur mon poignet avec des relents musquĂ©s presque amandĂ©s. C’est trĂšs frais, une propretĂ© limpide avec une douceur de fond qui enrobe et ferme cet accord. Une goutte d’eau ronde, une sphĂšre sans aspĂ©ritĂ©.

Ma peau devient une surface lotionnĂ©e si neutre qu’elle devient unique. Il y a une tendance depuis une poignĂ©e d’annĂ©e de proposer des parfums neutres, agenre. Mais aussi des parfums uniques. Des parfums propres, blancs, musquĂ©s. Et si on sort de ces tendances – ou du moins que d’autres tendances se dĂ©veloppent en paralĂšle comme la note de cerise, l’oud, les boisĂ©s orientaux puissants – le parfum You de Glossier est la quintessence de cette approche d’unique neutralitĂ©.

Ce que j’ai appris de ce parfum, c’est que j’aime les parfums Ă©loignĂ©s de moi. J’aime questionner le rapport Ă  la distance, dans ma pratique professionnelle, dans ma (trÚÚÚÚs) lointaine pratique du théùtre, et dans l’art en gĂ©nĂ©ral. J’aime rĂ©flĂ©chir la distance dans tous les domaines artistiques et humains. Et le parfum n’échappe pas Ă  ces questions.

C’est un parfum qui s’essaie sur peau, que j’envisage de tester en layering avec une vanille tapageuse pour lui donner une autre dimension, en trouvant le bon Ă©quilibre.

Sentir le beurre (gras + sucre = kouign amann)

J’ai adoré Bake que j’ai dĂ©couvert grĂące Ă  mon amie
Valentine de Maison 58 quand elle a testĂ© des parfums de niche grĂące au Sommelier du parfum. Coup de cƓur. Un citron chargĂ© en crĂšme, un cĂŽtĂ© beurrĂ©, cristallisĂ©. Une alliance parfaite entre un citron incisif et une rondeur crĂ©meuse. Si vous aimez les hespĂ©ridĂ©s et que vous voulez dĂ©couvrir les gourmands, ou que vous aimez les gourmands et que vous trouvez les hespĂ©ridĂ©s insipides (ce qui Ă©tait mon cas), alors je vous invite Ă  tester Bake. Une gourmandise citronnĂ©e, rĂ©gressive sans ĂȘtre puĂ©rile. Allez y.

Alors, Ă©vidùùùùmment j’ai voulu tester Devotion. Au nez, incroyable, un citron confit, cristallisĂ© lĂ©gĂšrement enivrant avec ce rhum lourd, c’est percutant et rond. Tout pour me plaire ! Et sur la peau, tout retombe comme un soufflĂ©, ça devient crĂ©meux, gras, vanillĂ©, ça manque de finesse. Ça sent le panettone, avec de (trop) rares morceaux de cĂ©drat confits qu’on dĂ©couvre avec joie au milieu d’un gros nuage beurrĂ©.

MalgrĂ© tout ça, j’adore. J’adore cette lourdeur rĂ©confortante des desserts trop sucrĂ©s – que je prĂ©fĂšre sentir que manger d’ailleurs. J’aime l’idĂ©e que cette rondeur provoque une envie de se blottir dans des bras ronds et rĂ©confortants. Pourtant, il y a du sexy dans ce parfum. Est-ce le rhum ? Nul ne sait. Pour moi, c’est un parfum facile qui a toute sa place sur mes Ă©tagĂšres. Mais pas aujourd’hui oĂč je veux un parfum clair, bleu, limpide.

Le “comme chez moi lointain”

J’ai senti Un matin Ă  l’orangerie, d’une petite maison, Rose et Marius. C’est une odeur d’agrumes profonds comme j’en ai rarement sentis. Souvent, on sent des agrumes pĂ©tillants qui sautent avec joie sur une peau fraĂźche avant de s’évaporer pour laisser place Ă  des notes de fond plus caractĂ©rielles.

Les agrumes, c’est un peu cette pote qui t’accueille en soirĂ©e, biĂšre Ă  la main et sourire aux lĂšvres, et t’invite Ă  t’installer sur le canapĂ© oĂč discutent Musc, VĂ©tiver et Benjoin de la profondeur de la vie, l’air grave et profond. Le temps de tourner la tĂȘte Agrume n’est plus lĂ , envolĂ©e, avec sa lĂ©gĂšretĂ© ! C’est frustrant. J’ai longtemps Ă©tĂ© déçue des hespĂ©ridĂ©s, entre le Paic citron et l’invisible, difficile pour eux de se trouver une place dans mon cƓur – ni mĂȘme sur ma peau.

C’est exigeant les agrumes. Dans Un matin Ă  l’orangerie, ils prennent une nouvelle dimension. On sent l’aciditĂ©, l’amertume lĂ©gĂšre aussi, qui persistent et teintent le parfum de cette aura particuliĂšre. Sur ma peau, j’ai senti les herbes sĂšches (qu’il n’y a pas dans le parfum) mais ça pourrait ĂȘtre des zestes un peu secs comme l’écorce de citron. Et puis le yuzu, si rare dans les parfums, si particulier pour l’amertume acidulĂ©e qu’il offre. J’aime le yuzu, ça a un goĂ»t d’y reviens-y, est-ce amer ? est-ce acidulĂ© ?
Et puis, j’ai pensĂ© au sumac (mon ingrĂ©dient fĂ©tiche pour pimper des plats un peu tristes, entre salinitĂ© et aciditĂ©).
Ce cĂŽtĂ© sec, zestĂ©, s’apaise dans la rondeur de l’ambre, de ma tonka et d’une trĂšs lĂ©gĂšre touche de vanille, Ă  peine perceptible qui Ă©quilibre le parfum.

LE parfum n’existe pas

Dans un parfum, qu’est ce qui est le plus important finalement ? Trouver les notes du parfum ou se confronter Ă  ce qu’on ressent, ce qu’on projette ? Pour faire un parallĂšle, j’ai une anecdote. Un jour lors d’un salon du vin, je goĂ»te un blanc, regarde mon conjoint et l’ami qui nous accompagne. Je me lance « ça goĂ»te la pierre, c’est plat. ça me change des Viognier floraux gras » ça rit autour. Ça se moque un peu « oui hinhinhin on dit qu’un vin est minĂ©ral pas qu’il sent la pierre ». Personne n’a aimĂ© ce vin, moi si. J’avais mon rĂ©fĂ©rentiel, mon histoire avec le Viognier, avec mon palais. J’avais envie moi de ce « vin de pierre ».

Alors, sentez, sentez diffĂ©remment de moi, dĂ©testez des parfums que j’aime, passionnez vous pour des senteurs mainstream. Un parfum c’est une histoire intime qui se construit et qu’on porte comme un accessoire Ă  soi.

Vous trouvez que ça sent le pĂ©trole, la ciboulette, le cacao, la fleur de cerisier, peut-ĂȘtre ? L’avantage avec le parfum, c’est qu’on n’a jamais tort, et qu’on peut toujours ĂȘtre surprise. Un parfum c’est une recette magique. Moi, je n’aime pas les Ɠufs, je dĂ©teste, pourtant j’aime le far. La noix de coco ? Bof. Mon plat doudou ? Le curry vert ! Tout est une question d’assemblage, d’équilibre et de nostalgie. Un parfum sent les personnes et les lieux que nous connaissons, que nous imaginons. Et ça, ça n’appartient qu’à nous.

LE parfum n’existe pas, il vit par ce qu’on y trouve, par ce qu’il nous Ă©voque. Alors, oui certains sont bien travaillĂ©s, avec des belles matiĂšres. Mais des parfums beaux, structurĂ©s et techniquement aboutis, il y en a plein. Et beaucoup qu’on n’aime pas. Un parfum, c’est une rĂ©sonnance de ce qui n’existe que dans un espace fictionnel de projection, de souvenirs. Combien de fois ai-je senti ma grand-mĂšre alors qu’il ne s’agissait pas de son parfum ?

Je sens un parfum comme je cuisine, comme je lis, comme j’écoute. Avec un amour pour les histoires qui n’existent qu’en nous.

Et vous, le parfum, ça vous parle ?

Il faut vraiment que je parle de TĂ©o Cabanel et Fiilit dont j’ai encore des notes. Mais je n’ai pas forcĂ©ment envie de tous les ressentir 😬

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