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🌀Suis-je une poubelle émotionnelle ?

Je rĂ©flĂ©chis un peu Ă  l’amitiĂ©, un peu Ă  la gentillesse, un peu au sacrifice.

Attention, ça risque d’être maladroit et super brouillon mais je m’interroge sur l’amitié, la gentillesse et tout ça tout ça. Je suis un peu perdue dans ces réflexions et c’est l’amorce d’un truc un peu libérateur. Ce n’est ni parfait ni figé.
Il y a quelque mois, j’ai rencontré deux personnes, les premières que je rencontre depuis que j’ai déménagé il y a 3 ans. Un nouveau cercle social qui se construit sur des bases pas vraiment solides.

Ces deux personnes sont différentes ont des attentes et des problématiques de vie différentes, et de fait, ma relation avec chacun ou quand nous sommes tous les trois est aussi différente.
Par ses rencontres, j’ai réalisé que ma perception de l’amitié avait changé.

Potes, amis, copains, j’avoue que je m’en cogne un peu. On passe des moments agréables, on rit, on se dépanne, ça me va.
Et puis un soir, je reçois un vocal.
M., un peu ivre me dit d’une voix molle et lente « dis tu me considères comment, un pote ou un ami ? »
Je ne sais pas pourquoi mais pendant 5 minutes, ça a été le vide. Je n’en savais rien, comme si le mot même d’ami n’avait pas beaucoup de sens pour moi, tout en sentant l’importance qu’aurait chacun de mes mots.
J’ai réfléchi (imaginez moi dans une maison en écosse en train de fumer la pipe d’un air concentré quand je dis « je réfléchis », ça me ferait plaisir). J’ai réfléchi longtemps en me demandant « c’est quoi être amie ? »

Trouver “du mieux” chez les autres

Quelques jours avant, une amie incroyable a passé un week-end à la maison. Nous avons beaucoup parlé de l’amitié.

C’est quoi être amie ? Pourquoi on en perd ? Pourquoi on en garde ? Pourquoi nous sommes amies alors que nous nous voyons si peu ? Bien sûr nous n’avons pas la réponse mais elle m’a aidée à comprendre pourquoi j’aimais côtoyer certaines personnes ou que j’en considérais certaines comme amies. J’ai besoin d’aimer, de valoriser les personnes que je côtoie quand bien même ces personnes ne sont que de passages ou ne sont que des collègues.

En discutant, nous avons réalisé que nous avons besoin de trouver les personnes proches de nous comme ayant du « mieux » que nous. Pas qu’elles soient mieux, non, mais qu’elle porte du mieux que nous, autant que nous portons en nous du « mieux » qu’elles. Mes amitiés ou relations qui n’ont pas marché sont souvent celles où l’autre me considérait comme mieux qu’elle ou à l’inverse que je la considérais comme mieux que moi et ce, de manière absolue.

Les amitiés que je chéris, sont les relations où je trouve l’autre plus juste, créatif-ve, intelligent-e, cultivé-e, ou n’importe quelle qualité qui complète celles que j’ai. Ce qui nous lie devient un ciment solide, peu importe la durée de la relation, la fréquence où nous nous voyons.

Evidemment, cela ne suffit pas à considérer une relation comme amicale, mais cette notion de trouver que l’autre a « du mieux » que moi me permet de me positionner et de considérer l’autre avec justesse.

Cette prise de conscience m’a permis de mieux comprendre pourquoi je m’attachais à certain-e-s, pourquoi après la naissance de Saucisse, j’avais eu envie de recontacter certain-e-s personnes et pas d’autres et pourquoi je voulais aujourd’hui m’entourer de certain-e-s personnes et pas d’autres.

La meuf “gentille”

« T’es trop gentille », « Arrête d’être gentille », je ne compte pas, n’ai jamais compté et ne compterai jamais le nombre de fois où j’ai entendu et entendrai encore ces remarques.

J’ai toujours dĂ©fendu l’idĂ©e qu’on ne pouvait pas ĂŞtre trop gentille. J’ai toujours considĂ©rĂ© que « gentille » Ă©tait un terme parapluie, qui masquait en rĂ©alitĂ© tout un tas de qualitĂ©s comme la gĂ©nĂ©rositĂ©, le partage, l’écoute… Mais la gentillesse seule ne fait pas une relation saine, une relation ça se construit Ă  deux.

Pendant longtemps, je pensais qu’être amie c’était se sacrifier et tout donner pour l’autre. J’étais « gentille ». Je ne pense pas être de nature gentille, je pense que les situations créent certains comportements et que ma nature « gentille » vient en réalité des situations que je construisais (et de ma vision éclatée de l’amitié).

Je recueillais les paroles sans rien dire, je prenais aussi des coups relationnels, j’acceptais d’être cette personne à qui on peut « tout » dire, de la petite souffrance aux pensées les plus violentes. Sauf que je ne suis pas assez solide, je l’ai toujours su et dit, mais quand quelqu’un a décidé que votre rôle social se limitait à écouter, difficile de changer n’est-ce pas ?

Et puis je ne suis pas psy, même si ça arrange bien des gens, de dire « oh la la tu ferais une bonne psy » après avoir déversé leurs soucis sur ma petite personne. Car c’est une réalité, quand quelqu’un a besoin de se confier, c’est à moi qu’il le fait, quand quelqu’un veut parler sans être jugé, il sait que je suis là.

Etre une poubelle émotionnelle (c pas un tuto)

J’étais au cœur des conflits parce qu’on m’en parlait, parfois on m’en voulait d’avoir écouté untel, ce qui n’est pas une position confortable ni complètement sincère. Le non jugement n’est pas une passivité totale et une acceptation absolue de l’autre.

J’ai commencé à avoir un peu peur des rencontres, je savais que je devenais facilement la poubelle émotionnelle de l’autre. Après tout, je constatais que mes relations étaient rarement centrées sur le partage de moments agréables, à la place, je trouvais de longues suites de mots teintés d’émotions avec comme phrase de conclusion « ah ça fait du bien de parler ».

J’avais fini par accepter ce rôle de poubelle émotionnelle.
On pourrait penser que je n’ai fait qu’en souffrir, mais il faut savoir que c’était aussi valorisant. Etre perçue comme une personne ouverte, par les gens les plus fermés, devenir la caution « j’ai une pote super ouverte, elle a vécu des trucs hors norme », c’est valorisant. (alors que plus normée que moi y’a pas mais que voulez-vous, on ne maitrise pas complètement notre image sociale).

Ma « gentillesse » se transformait en sacrifice. Ça faisait de moi une personne incomplète et morcelée. Jamais sincère parce que j’écoutais « par principe ». Quand je voyais des amis, des potes, j’en sortais épuisée, vidée, je donnais tout, tout le temps, pour finir à plat.

Au final, moi je veux quoi ?

J’ai appris, non pas à me « préserver » comme si j’étais une petite chose facile, mais à me mettre des limites avant d’arriver au point où une petite boule de stress me serre la gorge. Je ne prends pas les devants quand je n’en ai pas l’énergie, ni l’envie. Je partage des choses que j’aime et pas seulement des choses qui correspondent aux attentes de l’autre.

Aujourd’hui, des deux personnes que j’ai rencontrées, j’ai deux relations différentes. L’une est, « comme avant », j’y vais à reculons, et malgré les limites que je pose, je me fais bouffer. Notre relation ne tourne qu’autour du mal-être d’A. qui « ne parle jamais de lui » (sauf toutes les fois où on se voit et chaque fois qu’il prend la parole…)
Cette relation est ponctuée de « c’est fou le don que tu as pour écouter » et de promesses de coup de main dont je n’ai pas besoin. Tous les signes d’une relation amicale bancale, lourde et avec une date de péremption assez proche.

L’autre est plus équitable, je n’en sors pas épuisée, je dis les choses et pose mes limites en étant claire. Quand on me demande mon avis, je le donne. Quand je ne suis pas dispo parce que je ne suis pas en état ou que je suis occupée, je le dis. Je ne me plie plus en quatre quand ça me prend trop d’énergie et je ne me force plus à être disponible quand en réalité, je ne le suis pas. Mon énergie n’est pas illimitée et me « sur-donner » n’a jamais aidé personne, ça a juste crée des liens de dépendance et d’amitiés factices.
C’est d’autant plus apprĂ©ciable que cette Bobbie lĂ  – plus sincère et moins passive- est tout autant apprĂ©ciĂ©e que la poubelle Ă©motionnelle que je pensais devoir ĂŞtre.

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