Les premiers mois, le vrai sommeil
Au retour de la maternité, après une bonne pré-éclampsie, j’ai eu peur. Peur que la fatigue ne me quitte plus jamais contrairement à ma mémoire qui foutait le camp. J’oubliais tout, perdais le sens des phrases, ne comprenais pas ce qu’on me demandait, c’était dur. Encore aujourd’hui, il me reste quelques flashs de ces deux premiers mois, comme des instants figés que je me forçais à ancrer dans les plis de mon cerveau ramolli en priant « retiens ça c’est important,! retiens ! retiens ! »
Je refusais de dormir en même temps que ma fille pour « faire des trucs », je marchais le plus possible malgré l’immense sourire qui avait pris place sur mon ventre et surtout je la regardais. Elle petite Saucisse qui bougeait dans son sommeil. Je la regardais des heures, soupirais avec elle, assistais à son réveil. J’étais hypnotisée.
Les premières nuits
Les premiers mois, Saucisse était réglée comme une horloge, tétée toutes les 2 heures. Du coup, grâce au don d’hyper vigilance de toutes les mamans (comme celui de s’épuiser ou de se taper une charge mentale inégalable) je me réveillais au bout d’1h59 avant qu’elle ne pleure.
Et entre temps ? je dormais comme jamais je n’avais dormi. ? Je lâchais tout, je dormais. J’ai toujours eu des problèmes de sommeil. Toujours. Et là ? Mes nuits étaient enfin douces, d’un sommeil lourd qui m’enfonçait dans le matelas. Je sentais le poids du sommeil arriver, cette sensation si réconfortante de Morphée qui nous prend par le bras pour nous amener avec lui.
Et puis les réveils se sont espacés, mais ils étaient toujours là et rythmaient mes nuits. Pendant presque 6 mois, j’étais la seule à me réveiller. Puis Monsieur Bagarre a commencé, déposait Saucisse dans mes bras comme un petit paquet et se rendormait aussi sec.
C’est à ce moment que Saucisse a commencé à ne s’endormir qu’au sein. Seule moi pouvais la coucher. C’était simple à mettre en place, Monsieur Bagarre finissait tard et Saucisse se couchait à 19 heures pile.
J’assurais les couchers et les réveils.
Le début de la galère
Saucisse a 1 an quand son papa la couche pour la première fois et qu’elle accepte le biberon. Fierté, émotion, joie et soulagement !
Saucisse fait ses nuits (19h-6h) puis nous rejoint dans le lit où on se rendort pour une petite heure. C’est doux de dormir contre son bébé, d’entendre son léger ronflement, de la voir dormir comme une petite dinde, les fesses en l’air.
Et puis, les nuits complètes disparaissent. Saucisse tète, je m’endors, elle contre moi, finissant sa nuit avec nous.
18 mois, des conflits et des colères
Saucisse se couche vers 19h30-20h, nous commençons la soirée tranquillou, on regarde un épisode de série, j’écris ou tricote, on se glisse sous la couette, lovés l’un contre l’autre, le sommeil arrive quand soudain, dans la nuit « gnnn gnnn OUIN ouin OUIIIIIN mamaaan ». ça commence.
Elle ne dort PLUS. Enfin, elle se réveille tôt (vers 2h) et se colle contre moi, je m’endors sans la reposer dans son lit, elle tète, dort les pieds sur ma tête, crie avant de se rendormir. Et puis, ma nuit se termine vers 3h ou 4h après un sommeil haché.
C’est dur. On me renvoie que c’est l’allaitement, que je n’arrive pas à « couper le cordon », que c’est moi qui bloque. Je réponds « allez vous faire cuire le cul ».
Vous dormez comme votre voisin-e vous ? Eh bah les bébés n’ont pas tous le même sommeil.
Et oui, c’est raide, on se prend la tête avec Monsieur Bagarre qui n’assure pas les nuits, on se dispute pendant que Saucisse ne parvient pas à se rendormir, trop occupée à faire l’andouille à 3h du matin.
Assumer ses choix et dormir (enfin !)
On fait comment ? Je ne sais pas, je n’ai pas de clé.
Ce qu’on a fait nous, c’est de mettre en place une super routine cool avant LE moment du coucher. Puis, on pose Saucisse encore réveillée dans son lit, elle chante, peste contre ses doudous qui ne veulent pas dormir. Puis, plus rien, le sommeil est là .
Et quand elle se réveille, on la prend à contre-cœur avec nous, pour éviter les pleurs, les prises de tête de 2h à 4h, on culpabilise de ne pas arriver à la remettre dans son lit. On a un peu honte d’être « ces parents » qui échouent.
Cette semaine j’ai pris une décision importante.
Je suis fière de Saucisse, quand elle apprend de nouvelles choses, quand elle comprend et répète un nouveau mot, quand elle sourit aux personnes âgées dans le tram, quand elle coupe une courgette avec son super couteau, quand elle cueille des fleurs pour les offrir à des inconnus. Je suis fière de notre complicité, de sa douceur et sa méticulosité, de sa rigueur quand j’oublie de porter mes lunettes (je me fais gronder oh !)
Eeeet elle va BIEN.
Alors oui, je vais l’accueillir dans mon lit dès 4h du matin, sans gêne, sans culpabilité, avec amour et joie, parce qu’en fait j’aime ça.
Si on a tenu à acheter un lit en 160 pour que notre futur bébé puisse se lover contre nous quand il fait des cauchemars ou qu’il n’arrive pas à dormir, alors pourquoi le refuser ? Parce qu’il ne faut pas ?
Je regarde ma fille, je vois qu’elle va bien, qu’elle apprend, qu’elle est sociable, généreuse et pleine de joie.
Je vais assumer de passer la nuit avec mon bébé. Et je suis convaincue qu’en assumant, nos nuits seront plus reposantes.
Depuis que j’ai pris cette décision, on a eu une nuit complète de douze heures avec utilisation du pot le matin. ça me conforte dans cette décision, et je me dis que peut-être qu’elle apprend tellement en ce moment que le sommeil est bouleversé. Après tout, ne l’avons nous pas vu réviser sa langue des signes dans son sommeil ?




