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đŸ„Aimer le « NON » de mon enfant

Avant de devenir Maman, j’avais une peur : ĂȘtre autoritaire. Je craignais de faire peser ma colĂšre, de crier, d’abĂźmer mon enfant par ma position d’adulte.

MĂȘme en Ă©tant consciente des rapports de domination adulte / enfant, on ne peut s’y soustraire et on doit sans cesse questionner nos privilĂšges, notre posture, notre position.

Cette peur d’ĂȘtre « cette maman-lĂ  » a ressurgi grĂące Ă  un thread sur Bluesky Ă  propos d’adultisme et de rapport de domination entre adultes/enfants.
En tant que maman ça me questionne.
En tant que femme ça me questionne, moi aussi étant sujette à domination.

MĂȘme si ce sont des phĂ©nomĂšnes sociaux, je m’interroge sur ma pratique individuelle.

Par domination (oui, le mort est fort, mais réaliste), on entend :

  • L’adulte sait (ou croit savoir) : il a vĂ©cu ;

  • L’adulte maitrise des compĂ©tences que l’enfant n’a pas ;

  • L’adulte a conscience des attendus du monde ;

  • L’adulte est plus fort physiquement.

Et puis il y a le patriarcat, la misogynie qui font culpabiliser les mĂšres ne de pas “gĂ©rer” son enfant alors qu’on explique aussi que c’est le pĂšre qui “pose le cadre”. La mĂšre donne la vie, le pĂšre donne le nom. La mĂšre nourrit, le pĂšre cadre. Et les enfants en pĂątissent. Incroyable hein, ce schĂ©ma permanent oĂč l’autoritĂ© est dĂ©tenue par l’homme, hein ? Je ne vais pas plus aller dans une analyse de la famille comme lieu de reproduction des dominations patriarcales. Je suis encore dans un schĂ©ma “traditionnel” et je ne suis ni lĂ©gitime ni pertinente sur le sujet.

Note : je ne suis pas une professionnelle ni experte de l’Ă©ducation, je travaille dans le champ de l’accompagnement, du « social » si tant est que ce mot ait une rĂ©elle signification.

Note bis : je n’ai rien anticipĂ© de ma pratique Ă©ducative, je n’ai appliquĂ© de modĂšle particulier. Je fais part de ce que je constate de ma pratique Ă©ducative avec le recul, sous l’angle des rapports de domination adulte / enfant. Je n’ai pas la prĂ©tention de donner une mĂ©thode, ni de dire que ce rapport est aboli. Ce rapport, il existe. Ce qu’on construit autour l’allĂšge et permet Ă  Saucisse de se sentir respectĂ©e le plus possible.

On ne pose pas un cadre, on le construit

J’entends souvent « oh ben c’est sĂ»r c’est Papa qui met le cadre », « oh bah avec maman c’est la petite qui dĂ©cide », « tu lui passes tout ». C’est faux (Ă©videmment).

Au moment oĂč elle dĂ©veloppe son langage (elle n’arrĂȘte pas de parler !!), oĂč elle dĂ©couvre la propretĂ©, oĂč elle dĂ©finit ses Ă©motions (peur, joie, tristesse, colĂšre
) et oĂč elle veut faire « touseule », c’est frĂ©quent qu’un « Non », sourcils froncĂ©s et air dĂ©terminĂ©, dĂ©barque Ă  l’improviste, en rĂ©ponse Ă  une question anodine du type « Tu viens manger ta soupe ? »

Moi, j’adore son air dĂ©terminĂ© et je respecte son « non » le plus possible. Mais
 Il y a ces moments qui m’inquiĂ©taient et oĂč c’est le « Oui » qui doit gagner. Ces moments que je redoutais. Et les termes « poser un cadre » me terrifiaient.

Alors on a dĂ» construire un cadre avec (et pour) Saucisse.
Voici quelques choses mises en place par Dame Saucisse et moi :

  • Le jeu : comme elle, j’aime jouer. On fait en sorte de rendre les apprentissages ludiques.
    Je propose une rĂšgle de jeu : par exemple, on range ensemble, par couleur ou forme. Elle choisit la mienne et moi la sienne. Ainsi je range les objets rouges et elle les verts. AprĂšs on court vite vite ranger les boĂźtes dans le placard.

    MĂȘme si le mot « jeu » n’est pas dictĂ© clairement (« on range » et pas « on joue Ă  ranger », histoire de bien sĂ©parer les tĂąches), le fait est qu’on joue tout le temps ! Pour s’habiller on se cache, pendant le change on cherche les paires de couches, dans le bain on fait de la mousse et pendant le repas on joue tous les 3
 Dans ces jeux, on ne perd jamais, elle gagne toujours, seule, ou avec moi.

  • On Ă©tablit un programme. Je propose un programme clair et on le construit ensemble. Et si je me confronte Ă  un « Non », on change en respectant nos objectifs, clairement Ă©noncĂ©s. Par exemple, si « La nuit va tomber, on va manger de la soupe, un dessert et prendre le bain avec de la mousse » ne convient pas, on peut changer pour « La nuit va tomber, on mange du curry, puis un dessert et on fait une toilette de chat. »

  • On demande. TrĂšs tĂŽt, je lui ai appris Ă  signer « s’il te plait », pas pour la politesse, mais pour qu’elle formule une demande, que nous comprenions qu’elle a un besoin ou une envie. Et nous aussi, le plus possible on lui demande. « Tu peux me passer le sel, s’il te plait », ou « tu me passes le crayon rouge ? » On Ă©change, on se parle, on fait les choses ensemble, on s’entraide.

Poser un cadre, c’est super en fait, c’est ce qui va permettre de dĂ©ployer une communication Ă  notre image, joyeuse, riante et expressive. On a nos codes, comme dans chaque famille ou microcosme. On fait des « titis », des « pic pic » on a nos jeux et nos grimaces. Ce sont tous ces Ă©lĂ©ments qui forment le cadre pas juste poser des interdits.

Partager & faire ensemble

J’aime jouer, passer du temps avec elle, faire des « famille serpent » en pĂąte Ă  modeler (des boudins oui, vous pouvez rire de mon talent incroyable mais nous, on adore), dessiner et Ă©crire sur les vitres, cuisiner des gĂąteaux au chocolat et passer des heeeeures Ă  lire Poisson Fesse en pĂ©tant avec la bouche. Dans tous ces moments, je me mets Ă  sa hauteur, ou elle Ă  la mienne. Je ne lui parle presque jamais « d’en haut ». Ainsi, elle dĂ©couvre mon monde de hauteur (1m60 vla la gĂ©ante) et moi son monde de toute petite (la moitiĂ© de ma taille, elle est toute riquiqui).

Si j’ai Ă©voquĂ© la cuisine, c’est parce que c’est un de nos passe-temps prĂ©fĂ©rĂ©s. On cuisine ensemble ce qu’on va manger le soir, on a chacune fouet, couteaux et spatule. Et j’ai pas intĂ©rĂȘt Ă  tout faire seule, oh !! On pĂ©trit, on mĂ©lange, on Ă©tale, on mixe, on coupe et aprĂšs on attend que ça cuise. On teste des choses aussi (chantilly + soupe de petits pois = plutĂŽt pas mal selon Saucisse). Ce sont des moments d’exploration, de partage et de transmission. Je la guide, elle essaie, elle me montre, j’essaie. Elle mange seule, bien sĂ»r, mais parfois il arrive qu’elle demande Ă  ce que je lui donne Ă  manger, et comme elle aime partager, elle me donne aussi. Il faut juste accepter d’avoir un peu de soupe dans le nez.

La valse joyeuse des émotions

Depuis sa naissance, j’essaie le plus possible d’anticiper ses besoins (l’allaiter avant qu’elle ressente la faim par exemple) et d’accueillir ses envies.

Aujourd’hui, elle est en capacitĂ© de dĂ©finir ses besoins car elle parle trĂšs bien, mais encore faut-il comprendre et utiliser les mots adĂ©quats. Autrement dit, connaitre les diffĂ©rentes sensations et Ă©motions.

On joue beaucoup à imiter la tristesse, la colÚre, la joie. On expérimente chaud/tiÚde/froid, doux/dur, mouillé/sec
 On touche, on gratte, on lit des livres, on regarde et on demande.

La premiĂšre fois qu’elle a dit « peur » j’étais Ă  la fois surprise et super contente. Maintenant, elle dĂ©couvre cette nouvelle sensation, (la panthĂšre dans Chien Bleu la terrifie). Je lui ai donc expliquĂ© que moi aussi j’ai peur parfois – notamment un soir oĂč elle a tentĂ© une cascade « touseule », et oĂč j’ai criĂ©, effrayĂ©e) – que son pĂšre a peur des araignĂ©es (ce qu’elle a rĂ©pĂ©tĂ© Ă  la terre entiĂšre)


Mais de ces Ă©motions, on en fait quoi ? Parfois on dit « ArrĂȘte », parfois « tu m’aides ? », parfois « un cĂąlin », parfois on rit. Et on construit, encore, des solutions ensemble.

De mon cĂŽtĂ©, je me dois de respecter et d’ĂȘtre exemplaire. Quand elle a peur, je dois la rassurer, quand elle me dit « Tu m’embĂȘtes », je dois arrĂȘter. C’est un contrat qu’on a passĂ© et c’est Ă  moi de l’honorer.

La co-éducation, essentielle

J’ai eu une conversation avec Monsieur Bagarre Ă  propos de la maniĂšre dont on parle Ă  Saucisse. Je lui parle normalement : pas de « narbre » ni de « nĂ©lĂ©phant », ni de « on va faire joujou ». C’est ma maniĂšre de lui partager mon monde, celui vers lequel elle tend. Mon chĂ©ri, lui, lui parle « comme Ă  un bĂ©bĂ© ». Pour lui, c’est une maniĂšre de ne pas la faire « grandir trop vite » et de la considĂ©rer pour ce qu’elle est : un bĂ©bĂ©, une enfant. Si Ă©videmment j’ai fait le choix de lui parler « normalement », c’est bien que je ne suis pas Ă  l’aise avec la posture de son pĂšre. Pour autant, je trouve riche qu’elle ait accĂšs aux deux. Nos deux visions sont complĂ©mentaires et aussi valable l’une que l’autre.

C’est aussi ça la co-Ă©ducation. Savoir s’effacer en tant que maman, laisser de la place Ă  d’autres adultes, d’autres cadres. Le personnel de la crĂšche, les grands-parents, la famille, autant de cadres, autant de postures et autant de plaisir Ă  entendre les histoires de Saucisse qui a fait du collage ou a mangĂ© un gĂąteau gĂ©ant.

Ces moments avec d’autres adultes doivent aussi ĂȘtre enrichissants et nous communiquons ensemble pour construire un cadre cohĂ©rent et diffĂ©rent pour cette petite Saucisse qui un jour, elle aussi, deviendra adulte.

Et Saucisse, alors ?

Saucisse, dit « Non non et non !! » « veux pas ». Mais surtout qu’elle est moqueuse ! Elle nous fait des blagues super drĂŽles, elle arrive Ă  « nous avoir », et je trouve ça super. Je la vois jouer avec nous, avec le fait qu’on est ses parents. (J’ai encore en travers le fait qu’elle se moque en rĂ©alisant que non, je ne suis pas gĂ©ante mais bien petite petite contrairement Ă  99 % des adultes de son entourage.)

Et cette petite fille, affirmĂ©e, dĂ©terminĂ©e, dans ses joies, ses colĂšres et ses envies me surprend de jour en jour, par sa sociabilitĂ©, son observation. Elle remarque les gens soucieux, en colĂšre, contents, et me questionne Ă  leur sujet. Et lĂ , je me dis qu’on a une belle petite graine de future rĂ©voltĂ©e, qui construit son mode avec l’autre en se respectant elle.

C’est aussi ça la co-Ă©ducation. Savoir s’effacer en tant que maman, laisser de la place Ă  d’autres adultes, d’autres cadres. Le personnel de la crĂšche, les grands-parents, la famille, autant de cadres, autant de postures et autant de plaisir Ă  entendre les histoires de Saucisse qui a fait du collage ou a mangĂ© un gĂąteau gĂ©ant.

Ces moments avec d’autres adultes doivent aussi ĂȘtre enrichissants et nous communiquons ensemble pour construire un cadre cohĂ©rent et diffĂ©rent pour cette petite Saucisse qui un jour, elle aussi, deviendra adulte.

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