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💪Je ne suis pas une mère courage

Je suis en retard, oui ! J’Ă©tais trop occupĂ©e Ă  gĂ©rer des problèmes de maman et c’Ă©tait stressant, paniquant, mais la victoire approche.

Note : je suis pleine d’amertume depuis quelques jours, je pense que tout le monde aura compris pourquoi. (c les fachos)

Il y a quelques jours, encore, un inconnu a félicité le fait que je suis mère au foyer. J’ai poliment souri sans remercier et souhaité une bonne journée. Intérieurement, j’étais en feu.

Comprenez, j’allaite encore ma fille qui vient de fêter ses 17 mois. Quelle championne ! Ma fille ne fait pas ses nuits mais je le vis bien. Trop forte ! Je suis mère au foyer (pour l’instant), alors là, je suis une reine ! Je suis une mère dévouée, je mérite toutes les médailles du monde !!

Je ne suis pas dans une posture sacrificielle, je suis juste heureuse.

Je suis blanche et privilégiée

Voilà c’est tout. Je ne suis pas taxée d’assistée, je suis souvent encensée pour ce qui est perçu comme un engagement et une acceptation de mon rôle de mère. Une femme racisée, au foyer, est-ce qu’on la félicite ? J’crois pas non. Les femmes qui n’ont pas le choix, on les applaudit ?

Quand j’échange avec d’autres mamans qui ont repris le travail, elles me félicitent parce qu’elles ne pourraient pas rester au foyer, quant à moi, je les félicite car je n’aurais pas pu reprendre le travail. Et puis, il y a aussi celles qui n’ont pas le choix, qui doivent travailler car elles sont seules ou moins privilégiées.

La réalité, c’est que si je reste avec ma fille, c’est que ça m’épanouit, je me suis trouvée, je rayonne. Ce bonheur est plus facilement atteignable quand on est privilégiée. Et ce n’est pas le cas de toutes les mères. Certaines ne s’épanouissent pas avec un bébé, certaines ont besoin de relations sociales avec des adultes, d’avoir un rythme qui ne tourne pas autour de couches, siestes, tétées.

On a l’impression que c’est acquis et que tout le monde est d’accord ? Non.

Mon enfant est « normal »

Cette notion de mère Courage m’a gênée, avant la naissance de Saucisse. (Notez que je parle de mon expérience de mère, de femme enceinte, que c’est autocentré et sûrement maladroit. Si mes propos sont validistes, dites le moi, je modifierai.) Quand je suis tombée enceinte, j’ai suivi toutes les recommandations, fait tous les tests, fait tous les examens, les vaccins. En mode pilote auto, j’ai dit oui quand il fallait et non quand c’était conseillé. Si j’ai un regret, c’est d’avoir accepté le test pour la trisomie 21. Ça consiste à faire une prise de sang et une échographie pour savoir quelles sont les probabilités d’avoir un enfant qui en est atteint. En attendant les résultats, les questions montent. Si il ou elle est atteint du syndrome de Down, l’aimerais-je autant ? Comment je gérerais ça ? Comment ON gèrera ça ? Si il ou elle a un autre handicap, la maison sera-t-elle adaptée à ce petit bébé, cet enfant, cet adolescent-e ? La première question a une réponse claire, oui je l’aimerais autant. Différemment, mais n’aime-t-on pas chaque enfant différemment ? L’amour n’a rien à faire dans ma réflexion, car c’est acquis, j’aime, j’aimerais toujours mon enfant sans condition, quoiqu’il arrive, quoiqu’il fasse. La question de le garder ne serait pas posée. Oui, je l’aurais gardé. Mais c’est une décision qu’on prend à deux, et j’aurais eu trop peur d’en parler avec mon conjoint. Et puis il y aurait eu cet instant de doute, que j’ai tant de fois imaginé ce « que fait-on ? » ou toute question similaire de ma sage-femme. Imaginer qu’on puisse installer ce doute, m’aurait terriblement affectée. Et si j’avais répondu « rien, on continue la grossesse ». Quelles auraient été les conséquences ? J’imagine qu’on m’aurait encensée comme LA mère qui se bat, la « folle » (ouais on aime bien taxer les femmes de folles quand elles prennent une décision jugée radicale). La mère courage. On m’aurait regardé avec pitié et admiration, avec « et elle le garde !! ». La mère courage par excellence, celle qu’on encense et qu’on érige sur un piédestal, mais à qui on met des bâtons dans les roues, parce que quand même l’enfant n’est pas comme les autres et perturbe le bon fonctionnement d’une société validiste. HE HO ON PARLE DE MON BEBE A VENIR !! Je ne juge pas les femmes qui font d’autres choix que le mien, et si je parle de bébé c’est parce que de l’instant où je suis tombée enceinte, dans mon ventre, c’était un bébé. Parce que j’avais décidé de l’avoir, de le rencontrer, je l’ai « humanisé » dès le début. Bref, rien de tout ça n’est arrivé. Mais faire le test m’a beaucoup questionnée. Si je tombe enceinte encore, je ne le ferai pas. Je garderai ça comme une surprise, comme un fait de la vie. Est-ce que ça fait de moi une mère Courage ? Non.

L’accouchement ou le courage incarné

Moi, je voulais accoucher sans péridurale, par voie basse. Ça provoquait étonnement et admiration chez mes interlocuteurs. Alors que les femmes qui accouchent sans péridurale dans des pays non occidentaux on s’en cogne. Encore du racisme ? Mais quelle surprise !

En réalité, j’étais poussée par la curiosité. J’allais accoucher quoi ! Je voulais comprendre, ressentir ce que ça faisait, vivre ça avec mon bébé, être là, complètement, dans toute ma chair. Pour autant, je m’autorisais la pose de péridurale à tout moment. Curiosité oui mais souffrance pour la beauté du geste, non.

Ce choix, encore une fois, a été salué par celles et ceux qui savent mieux que tout le monde ce qu’est la vraie maternité et qui sont convaincus de savoir ce qu’est une Mère. Et que c’était chiant.

Parce que ça c’est un détail dans un océan de remarques « bienveillantes ».

Au final, j’ai accouché en catastrophe, mon état de santé étant préoccupant. Oui, j’ai été courageuse selon certains et je le conçois, mais par rapport à moi, mes craintes, mon anxiété, mon état de santé. C’était du courage dans mon histoire, pas un courage absolu.

Aujourd’hui, je suis la mère parfaite de tout réactionnaire convaincue qu’une femme ne s’épanouit qu’auprès de ses enfants. Et ça me gave. Ça me gave qu’on instrumentalise les femmes, encore et toujours, qu’on utilise la maternité comme outils de propagande politique réactionnaire. L’intime est politique, être mère est politique, ne pas l’être aussi. Tout est politique. Et si ça mène à de grandes réflexions, ce n’est pas pour autant un instrument à utiliser pour ériger les femmes les unes contre les autres. Foutez-nous la paix. Mais on a pas le cul sorti des ronces, quand on voit ce qui nous attend. Je suis prête, soyons prêtes à gueuler, se défendre, passer pour les meufs hystériques que nous sommes déjà, de toute façon on a plus que ça à faire.

Et une pensée pour les mères à Gaza, qui elles n’ont que le courage pour les tenir.

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