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🍲Manger des livres

On a passé le milieu des vacances d’été et je n’ai pas parlé de lectures ! Pourtant, parait que c’est incontournable les lectures de vacances.
Parmi toutes les choses que j’aime – mais si vous me connaissez, vous savez – il y a la cuisine et la lecture qui sont tout en haut de la pile de mes passions. Parfois, je fais une pause mais j’y reviens toujours avec cette même envie et cette même interrogation « pourquoi avais-je arrêté ? » Je n’aime pas manger et j’ai tendance à manger utilitaire quand je suis seule, mais j’aime cuisiner, partager un repas ou découvrir une cuisine. Un repas ce n’est pas juste mettre des trucs dans sa bouche en attendant de digérer et d’évacuer le tout.

Là, je vais vous parler des livres qui se concentrent sur les assiettes et ne fait pas cas de la sociologie du repas, du « moment repas » comme aventure collective.

Voici donc une toute petite sélection de bande-dessinées / mangas / romans graphiques, bref des livres avec des images dedans qui parlent de cuisine, de bouffe, de recettes, qui font blob blob, frrrri, et clac clac, des livres qui m’ont fait sentir, entendre et goûter des plats. Mais surtout, j’ai découvert des personnages simples, doux, qu’on découvre dans la simplicité d’un bouillon réussi et se dévoile en dévorant des plats en sauce.

La Cantine de minuit, YarĹŤ Abe

La Cantine de minuit est une série de mangas composée d’histoires courtes, entre l’anecdote, la poésie et la tranche de vie. La Cantine de minuit c’est l’histoire d’un restaurant, boui-boui, troquet, taverne, bref, une cantine située dans le quartier de Shinjuku et ouvert de minuit à 7 h. Le maître n’y sert qu’un plat, mais il peut cuisiner tout ce qu’on lui demande. Chaque client-e commande donc un plat spécifique lié à son histoire personnelle ou à une envie soudaine. On découvre alors l’histoire de ces personnes, qui vivent la nuit, marginalisées avec le plat choisi comme trame de fond. Ces personnages, on s’y attache, on les apprend à les connaître, on est ému-e de les recroiser au gré des pages nocturnes de ce petit restaurant discret.

Le trait est naïf, le ton tendre et calme, chaque histoire est prétexte à un sourire doux, une petite joie. Cette touche lumineuse dans ce monde de marginalisés méconnus, parfois redoutés rend cette lecture attachante et a le goût de reviens-y d’un plat savoureux qui fait danser nos papilles.
J’aime ce réalisme des petites situations « normales » pour certain-e-s, extraordinaires pour d’autres, j’apprécie le regard de Yarō Abe sur ces personnes marginales sans misérabilisme, sans émerveillement mais avec la justesse de celui ou celle qui aime partager, écouter, sentir. J’aime l’amour simple et doux qui en ressort.

Pourtant, je ne parviens pas à finir la série car comme le dernier gâteau qui reste au fond de la boîte de Royal Dansk, si on l’engloutit, il ne restera qu’une boîte vide, et une boîte vide, c’est bien fade.

Le gourmet solitaire, JirĹŤ Taniguchi & Masayuki Kusumi

C’est un livre silencieux, méditatif. On suit un homme d’affaires qui travaille dans l’import/export et client assidu de restaurant. Dans Le Gourmet solitaire, pas de personnages, pas d’interaction, c’est un livre calme presque froid. Si vous cherchez de la joie, ce n’est pas pour vous. Les plats sont soumis à l’indécision permanente de ce commercial, qui décrit le repas enfin choisi avec méticulosité et rigueur. J’aime découvrir les personnages au travers de leur repas, on dit beaucoup de soi quand on parle d’autres choses, d’autant plus quand c’est une passion.

J’ai été presque lasse face à ce personnage qui n’a rien à dire et que je trouverais si plat dans la vraie vie, puis j’ai fini par l’apprécier, après l’avoir pris en pitié. A la deuxième lecture, j’ai été surprise de ma joie de retrouver ce personnage lisse et d’apprécier ces moments si réalistes. C’est une expérience de lecture intéressante et instructive.

Le trait est aussi millimétré et lisse que le personnage, un exercice parfaitement réussi puisqu’il n’est jamais morne ni fade.

Un livre que je lis avec calme, satisfaction quand j’ai envie d’écouter quelqu’un qui n’existe pas.

Petite ForĂŞt, Daisuke Igarashi

Avec le temps, l’anxiété, la maternité, la trentaine aussi, j’ai appris à aimer le temps qui passe, à le chérir, le savourer comme un petit bijou. Prendre le temps de regarder mon monde.

Pour mon trente-troisième anniversaire j’ai reçu un bijou dans ma boîte aux lettres, Petite Forêt. Accompagné d’une carte poétique, j’ouvre ce livre comme un trésor. Je veux le savourer, ne pas l’engloutir et l’emporte en vacances. Idéal pour lire sur le balcon sous l’ombre de la vigne, calée entre les pots de fleurs.

Et quelle merveille ! C’est l’histoire d’Ichigo, qui vit à à la campagne, cultive ses légumes, mange des herbes sauvages et vit au gré des saisons, sous la neige ou le soleil. Ça sent la terre humide, les marrons glacés, le riz aux noix, les arbres fruitiers. Une tranche de vie campagnarde où on découvre la beauté dans le rustique, les fleurs dans la boue et les fruits enterrés. C’est une bulle de nature, avec ses combats, le froid de l’hiver qui transperce, le temps qu’on aimerait maîtriser.

Le trait est brouillon, parfois difficile Ă  cerner comme des herbes folles qu’on essaie de dĂ©mĂŞler. S’il y a des livres qui m’ont marquĂ©e, celui-ci en fait partie, par sa richesse touffue, sa rĂ©alitĂ© brute oĂą le temps est Ă©pais, impermĂ©able Ă  toute tentative de l’apprĂ©hender. Cette froideur de la nature – qui n’est pas sacralisĂ©e mais apprĂ©ciĂ©e comme environnement quotidien – est Ă©quilibrĂ©e par la douceur et la candeur d’une Ichigo fraiche et nostalgique.
Les plantes, animaux, minéraux et femmes du village sont mis sur un même plan, celui du constat de l’existence.

On est loin du Japon fantasmé fait de buildings et de fétichisation occidentale. On se retrouve les deux pieds dans la boue aux côtés d’Ichigo et sa douceur dans une nature indomptable.

Ce livre c’est une joie, la couverture dont on a besoin pour réchauffer ses pieds gelés, un souffle d’air en période caniculaire, une ode à soi et au monde. Il me réjouit et me fascine autant qu’il me questionne. Parsemé de pages-herbiers, et de recettes (je dois tester la recette du cake au chou !), il est entré dans mon quotidien, comme un ami discret.

Manger des livres et lire des plats

J’ai d’autres bande dessinées / manga sur cette thématique infinie qu’est la cuisine, mais ici c’est mon trio d’essentiel. J’attends de compléter cette collection avec d’autres titres que j’ai notés ici. D’ailleurs, si vous les connaissez, je suis curieuse d’avoir votre retour et tout autre recommandation pour étoffer cette liste.
Et bien sûr, j’ai aussi des ouvrages sur le sujet qui ne sont pas des ouvrages illustrés, mais peut-être que j’en parlerai un jour…

Et vous, vous avez aimez découvrir des pépites littéraires centrées sur une passion qui n’a rien à voir ?

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Encore de la lecture ?