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👑J’suis belle, enfin !

AprÚs des années paumée dans les limbes de la dysmorphophobie, je suis guérie (!!)

Je reviens avec un sujet sensible pour beaucoup de personnes – encore plus pour les femmes – celui de la beautĂ© et avec cette affirmation qui me rend si fiĂšre : « Je me trouve belle ».

Promis, j’éviterai les poncifs comme « la beautĂ© c’est subjectif » ou encore « mais on s’en fiche des standards » parce que mĂȘme si je le pense trĂšs fort, on le sait, c’est faux. C’est faux parce que la beautĂ© n’est pas un concept individuel. Il est le fruit d’expĂ©riences, de croyances et de construction collective. Et individuellement, on essaie de coller Ă  des codes culturels, des idĂ©es de la BEAUTE.
Pourtant, je vais parler de mon rapport Ă  la beautĂ©, comment je suis partie de « je suis laide Ă  mourir » Ă  « je me sens belle et c’est OK quand je le suis moins ».

Notez aussi, que je suis une meuf cis, blanche et qu’on ne peut Ă©carter ces Ă©lĂ©ments quand on parle de beautĂ© et de rapport au corps.

⚠ TW poids, grossophobie, mal-ĂȘtre

La beauté, le poids & moi (version rapide)

La premiĂšre fois que je me suis trouvĂ©e grosse (oui la beautĂ© passe beaucoup par lĂ  – Quelle surprise les bras m’en tombent oh la la) j’avais 5 ans. Je me souviens de l’endroit, de mon regard plongeant sur mon ventre rebondi qui arrondissait les contours de cette robe violette Ă  fleurs corail. Ça m’a rendue triste de dĂ©former ce vĂȘtement.

Je passe sur les annĂ©es de dĂ©testation, les autoportraits que je dessinais dans mon journal intime, oĂč je ne croquais que les traits que je voyais et qui Ă©taient terriblement laids et les remarques mĂȘme anodines de mes camarades.

Je me trouvais moche, grosse, difforme.

On vĂ©rifiait combien de cuillĂšres de cacao je mettais dans mon bol au petit dĂ©jeuner. On trouvait que je mangeais trop de bonbons lors des anniversaires. Que je mangeais trop de fromage. Est-ce que c’est ta colĂšre que tu manges ?

Je m’habillais en 12 ans quand j’en avais 10, en 14 ou en 16 quand j’en avais 12.

J’allais voir des diĂ©tĂ©ticiennes Ă  un Ăąge oĂč on ne devrait pas. J’avais du poids “à perdre”. On me parlait de chiffres qui ne me disaient rien, de ne pas manger de fĂ©culent plus de 3 fois par semaine, pas de fromage ni de viande le soir, pas de sucre, de vĂ©rifier le taux de matiĂšre grasse des produits “tout faits”.

A l’adolescence, ce n’est pas seulement devenu un petit complexe mais une terreur qui grandissait chaque jour. Le temps avançait et ma laideur grossissait. Ça dĂ©bordait partout, j’étais laide partout. Je stressais quand je passais entre deux rangs en classe, entre deux voitures dans un parking, je prenais une place folle, mes cheveux trop volumineux, mon ventre, mon cul, ma tĂȘte large et plate. J’étais « trop » de partout.

Jeune adulte, je me dĂ©testais, mais je vivais seule, je pouvais donc rester plusieurs jours enfermĂ©e chez moi pour que personne ne voit ma tĂȘte, parce que je n’osais pas la montrer dans l’espace public, j’allais pas dĂ©ranger des gens quand mĂȘme ?!

Je couchais avec chaque mec qui me trouvait « pas mal » et y’en avait pas des millions. Eux non plus n’étaient pas toujours trĂšs beaux mais ça me donnait l’illusion qu’au moins j’étais « baisable ». Je touchais du doigt le sentiment d’ĂȘtre jolie.

J’ai pris du poids, perdu, pris. Puis perdu vraiment. Quand on mange un repas tous les trois jours, forcĂ©ment, y’a un moment on perd. Mais on perd plus que des kilos. J’aimais manger, j’ai toujours aimĂ© ça, Ă©tĂ© curieuse des textures, de l’équilibre du salĂ©, de l’acide et du sucrĂ©. J’ai perdu une partie de ce qui faisait mon plaisir.

Puis, j’ai trouvĂ© l’amour. Quelqu’un qui n’avait rien remarquĂ© de tout ça et c’était reposant. Quelqu’un qui m’a trouvĂ© belle, intelligente et drĂŽle. Assez pour passer du temps avec moi (on approche de la dizaine d’annĂ©es ensemble !)

Et je suis devenue belle

Quand je suis tombĂ©e enceinte, allez savoir pourquoi, toutes mes craintes de dĂ©formation du corps se sont envolĂ©es. Et pourtant
 J’en ai pris du poids ! Pour donner une fourchette on va dire entre 30 et 50 kilos en un temps record, 2 mois. Pas mal hein !

Quand j’ai accouchĂ©, j’ai tout perdu. Aujourd’hui encore je pĂšse 15 kilos de moins qu’avant ma grossesse. On me fĂ©licite, apparemment c’est une rĂ©ussite, une victoire mĂȘme !

Sauf que je m’en fiche. En devenant maman, je suis devenue belle. Pas parce qu’ĂȘtre maman c’est devenir une reine de beautĂ©, mais parce que j’ai lĂąchĂ©.

J’ai quittĂ© ma quĂȘte de perfection inatteignable. Je me trouve conforme Ă  celle que je suis dans mon ĂȘtre le plus intime et profond. J’aime sourire malgrĂ© une dĂ©testation profonde de ma dentition, j’aime mes cheveux blancs qui se fondent dans mes cheveux noirs, j’aime mes mains qui sont boudinĂ©es, inĂ©lĂ©gantes mais qui font de jolies choses et deviennent douces et pleines d’amour quand je serre Saucisse. J’aime mes seins qui nourrissent ma fille, j’aime mon ventre avec son sourire immense qui a portĂ© la vie.
J’aime m’habiller, mettre des bijoux Ă©normes, des paillettes sur mes yeux et du blush de la bonne couleur, parce que c’est comme ça que je suis quand je m’imagine. Parce qu’au final, je ne me vois pas tant que ça. Je me vois plus dans le regard de ma fille et des gens que dans un miroir.

J’aime sortir avec une paire de baskets super moches parce que ma fille les aime bien, avec une chemise pratique parce que « hop tĂ©tĂ©e Ă  la volĂ©e, nichon dĂ©gainĂ© », avec un legging parce que courir aprĂšs Saucisse en pantalon slim c’est une tannĂ©e.

Je me trouve simple, souriante, légÚre et je suis belle comme ça.

Je me sens belle parce que je me sens vivante dans chaque pore de ma peau. Suis-je aussi belle que Kate Winslet ou Angelina Jolie ? Je le suis 1000 fois plus ou 1000 fois moins, on s’en cogne.

Je refuse d’ĂȘtre en concurrence avec une quelconque autre personne sur un quelconque attrait physique.

La beauté des gens & Gérard Larcher (déso)

Je refuse que la beautĂ© soit une Ă©chelle de valeur. Je sais qu’il y a un beauty privilege, Ă©videmment. Mais lĂ , je vous propose de quitter le concept de beautĂ© comme construction collective. Vous me lisez, moi, Bobbie et je veux vous partager comment je vois les gens beaux.

Depuis que je me trouve belle, que je ne me compare plus, je regarde les gens diffĂ©remment. Je ne vois pas du poids, je vois des ombres qui se posent diffĂ©remment sur les contours du visage, je ne vois pas des dĂ©fauts mais un modelĂ© changeant. Je vois des sourires, j’entends des intonations, des accents, je sens des parfums. Et surtout j’échange, regards, sourires, « bonjour ». Je vois des vĂȘtements colorĂ©s ou noirs, des manucures incroyables. J’oublie que j’ai trouvĂ© ces gens beaux, moches.

Je ne suis pas pour autant « mochetĂ© blind ». Je sais que des gens ne correspondent pas aux standards attendus. Et que quand ce sont des femmes, on leur fait payer cher. Parce que la quĂȘte de la beautĂ© est misogyne (j’vous apprends un truc lĂ  hein).
Pour autant, dans le monde militant, la rhĂ©torique de « c’est un mec moche il la mĂ©rite pas » me fatigue. A quel moment on considĂšre que c’est une grille de lecture OK ? A quel moment on a dĂ©cidĂ© que c’était une Ă©chelle de valeur potable de dire « ouuuh t’as vu sa gueule, allez on le dĂ©teste ».
Et c’est lĂ  que j’en viens Ă  parler de GĂ©rard Larcher (oui). Il est gros. VoilĂ . On a posĂ© ça, maintenant on peut arrĂȘter les vannes sur son poids et s’attaquer Ă  ses idĂ©es politiques. La grossophobie va souvent de pair avec la notion de laideur et c’est jamais OK. Jamais. Y’a aucun monde oĂč c’est valide. Aucun.

Eduquer à la beauté

Je pense que la beautĂ© ça s’apprend. On apprend Ă  se trouver belle, on apprend Ă  aimer les beautĂ©s.

Sans surprise, je dis tous les jours Ă  ma fille que c’est la plus belle. Je lui montre son corps avec sa tache de naissance (qui disparait), son ventre tout rond dont elle est fiĂšre, ses doigts comme des petits pains au lait et sa coupe de cheveux vraiment pas conventionnelle (sauf pour un cosplay de Mac Gyver). Je lui dĂ©cris ce corps comme il est, tout rond, tout doux, tout petit. Je lui montre le mien, avec mes boutons, mes cheveux blancs, mes bourrelets, mes seins lĂ©gĂšrement zĂ©brĂ©s. Je veux qu’elle se voit comme elle est. Je pense dĂ©jĂ  au fait qu’on l’embĂȘtera sur son poids. Peut-ĂȘtre que je me projette trop, que je transpose ce que j’ai vĂ©cu pour qu’elle ne le vive pas. Mais n’est-ce pas ce que font toutes les mĂšres ?

Et puis en la rendant fiĂšre de son « bidou zéééaaaaaant », c’est moi que j’éduque aussi. C’est Ă  la future maman d’une enfant de 8, 10 ans que je pense. Quand on me fera des remarques sur son ventre reste aussi rebondi. Je me prĂ©pare Ă  ĂȘtre encore et toujours fiĂšre de cette petite Saucisse. Parce que si je suis maman aujourd’hui, je le serai aussi demain.
ça donne des moments sympas Ă  la crĂšche “Aujourd’hui, Saucisse nous a montrĂ© son ventre aprĂšs le repas en disant ‘rodade le bidou zééééaaaaant’ ”

En tout cas, pari rĂ©ussi, Saucisse adore se regarder dans le miroir, depuis toujours. Elle se regarde quand elle sourit, quand elle fronce les sourcils, quand elle fait des grimaces. Et je veux qu’elle continue Ă  se trouver super, pour toujours. Parce que se trouver belle c’est surtout avoir confiance en soi.

Me trouver belle, c’est me trouver conforme Ă  celle que je suis et ça me rend confiante, avec la sensation d’ĂȘtre dans le vrai.

Et vous, votre rapport à la beauté ?


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