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đź“· Tu veux ma photo ?

Gnagnagna c’est pour mon album de singe. Ok, on parle aussi de l’incarnation des Ă©crits dans le virtuel

Dans un « avant » de la temporalitĂ© d’internet – quelques annĂ©es qui semblent des annĂ©es lumières – je postais ma tĂŞte sur les rĂ©seaux sociaux, en privĂ© toujours.

En ligne, je suis discrète. Bavarde sur mes comptes privés, notamment sur Twitter que j’ai délaissé pour Bluesky où je communique peu.

Je n’ai pas Insta, ni Facebook ni TikTok.

Je ne publie pas de photo de moi en public.

Je n’existe pas. Ou plutôt j’existe comme composante anonyme d’un masse plus bavarde et identifiable que moi.

Je m’épanche pourtant, ici, en DM, en messages.

Pourquoi je ne veux pas me montrer ? Et pourquoi le ferais-je ?

De la dysmorphophobie et de l’anxiété

J’ai déjà évoqué mon rapport à la beauté et je ne reviendrai pas dessus ici. J’ai toujours ressenti de la laideur et de la honte, j’ai toujours été gênée à l’idée d’être visible, remarquable.

Pourquoi ? En raison de ma recette ✨magique✨ du mal être total : un mélange d’anxiété généralisée et de dysmorphophobie. Un gâteau pourri.

Ajoutez à ça une frayeur de l’addiction à la validation sociale qu’offre les réseaux sociaux et ça donne quelqu’un qui ne se montre pas. J’avais peur d’être reconnue, identifiable, de perdre mon identité en l’offrant à des inconnus. Le jackpot perdant quand on traine sur les réseaux sociaux.

De peu reconnaissable, je suis devenue timide, cloitrée dans mes DM, sans oser prendre la parole et échanger. Apposer un like sous le post d’une personne que je ne connais pas est une petite victoire pour moi.

Un jour, une personne d’ici a débarqué dans mes DM, j’ai été très touchée, je me suis sentie reconnue par une personne avec qui je n’avais échangé que via quelques réactions publiques à des posts tout aussi publics. (Merci à toi Laure Mayoud, tu n’as sûrement pas mesuré tout ça 💖)

Le tourbillon de l’hypersocialisation

Dans la vraie vie – celle oĂą je peux toucher des gens et oĂą ils voient ma trogne – je suis très sociale, expansive mĂŞme. Je prends la parole aisĂ©ment au sein d’un groupe et ils m’identifient souvent comme leader (berk). Je suis valorisĂ©e Ă  ce sujet, et je sais que c’est positif, on me dit engagĂ©e, drĂ´le, pertinente.

Je ne dis pas ça pour m’envoyer des fleurs mais parce que ça génère une sorte de dissonance en moi. Parce que ouais, hypersocialisation et anxiété sociale, c’est pas le combo du siècle. Et c’est bien casse-pied. Invivable même.

A chaque fois que je prends la parole (souvent), je réfléchis, doute de la pertinence de mes propos, me concentre sur mes inflexions, ma voix, mon articulation, mon sourire, mes cheveux, mes mains. Et puis les questions, « est-ce que je ne prendrais pas la parole d’une personne mieux que moi ? De quel droit je prends la parole ? Pourquoi on m’écouterait ? »

Cette aisance sociale me nourrit tant elle me consume. Cette tendance à être plutôt drôle, décalée peut aussi être pesante, parce que je ne m’autorise pas à « ne rien dire ». Quand, dans un groupe, arrive le moment terrible du blanc, où personne ne sait quoi dire ou faire, les regards se tournent vers moi comme un automatisme.

Tout ça se passe dans une configuration où je peux prendre cette place. Comme je n’aime ni le pouvoir ni la compétition, c’est une place que je laisse volontiers.

Tout ça, me fatigue, même si j’ai appris à moins penser pendant que je dis ou fais. A être OK avec le fait d’être expansive. A m’autoriser parfois le silence quand je ne veux pas parler.

Le silence d’internet

En ligne, j’ai trouvé un refuge apaisant fait de silence. J’enfile ma cape d’invisibilité et je suis anonyme. Je ne dis rien. Je partage peu. Et surtout je ne suis pas reconnaissable.

J’ai le droit d’être belle, moche, petite ou grande, brune, blonde ou rousse, d’avoir 20 ans ou 45. Personne ne sait, personne ne voit.

En ligne, je n’existe pas. J’appartiens à d’autres, à personne d’identifié. Mes écrits sont virtuels et la véracité des faits n’est qu’un enjeu minime. Peut-être ne suis-je pas maman après tout ? Est-ce grave ? Peut être que Bobbie n’est pas mon prénom ? Qui sait ?

Je suis une idée, une forme incorporelle, une inexistante, une voix silencieuse. Murmures ou cris, qu’importe ?

Je n’ai pas d’importance.

Ou peut-ĂŞtre que si.

J’aime ne pas exister. Me dire que vous n’existez pas non plus, que je peux vous croire à chaque mot, à chaque instant comme des voix posées dans un néant virtuel. Plutôt qu’une non existence, je pense plutôt qu’il s’agit d’une non-incarnation.

Cette conception d’une vie virtuelle m’a permis de considérer l’existence de chaque personne comme vraie. Cette personne mange-t-elle vraiment des myrtilles fraiches avec un jus pamplemousse grenade face à un horizon verdoyant chaque matin ? C’est vrai puisqu’elle le dit, qu’elle le construit comme idée possiblement réelle.

Je consomme internet comme un espace fictionnel réel.

Notez que je considère ici ce que les gens partagent d’eux. En ligne je consomme beaucoup de contenus politiques pour lequel j’adapte ma lecture, mon regard. Je n’écoute pas un discours politique comme une tirade de Buffy, quand bien même le récit est présent dans les deux.

Montrer ma trogne, un défi

Si chaque photo est une mise en scène, je me suis mise au défi de montrer ma trogne. Je ne sais pas pourquoi, si pour moi c’est important ou si je veux correspondre aux codes des réseaux sociaux, participer à la mythologisation des personnes. Je ne sais pas. En tout cas, je vous partage ma trogne. Et cela sera sans conséquences, si ce n’est d’avoir un peu secoué mon anxiété et peut-être que ce ne sera pas si mal.
Moi et ma célèbre frange d'oreille à oreille
Moi, j'ai un peu vieilli mais le flou masque les rides
Et vous, qui êtes-vous quand vous écrivez, quand vous partagez de l’intime ? Qui lisez vous ? Comment ?

Vous pouvez me retrouver sur Substack, pour avoir de mes nouvelles directement dans votre boîte mail dès que je publie.

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