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🐛Imaginer un nouveau quotidien (1/2)

Avec l’arrivĂ©e de Saucisse (encore elle !), j’ai repositionnĂ© les prioritĂ©s de ma vie et j’ai profitĂ© de la maternitĂ© comme d’un marchepied confortable pour changer de voie professionnelle.

Comment prendre le temps de rĂ©flĂ©chir quand notre situation n’est pas viable ? Avec un seul parent qui travaille pour un salaire bas ? Quand on est mĂšre cĂ©libataire ? J’ai la chance d’avoir un conjoint qui m’accompagne, me soutient dans mon envie de prendre du temps. Et c’est prĂ©cieux.

RĂ©flĂ©chir sur soi c’est un luxe

J’ai conscience de mon statut de privilĂ©giĂ©e, ĂȘtre mĂšre au foyer en ayant une certaine stabilitĂ© financiĂšre – bien que temporaire – est apprĂ©ciable. Je pensais vouloir ça pour toujours. Mais bien vite, j’ai rĂ©alisĂ© que travailler me manquerait. Pas pour le travail, mais pour la socialisation que ça crĂ©e. J’aime travailler en Ă©quipe sur des projets collectifs.

Pendant un an, j’ai rĂ©flĂ©chi et profitĂ© de Saucisse. Je voulais vraiment prioriser cette petite personne et la voir grandir chaque jour, redĂ©couvrir avec elle la beautĂ© de ce monde et j’en parle ici. Je ne suis pas seulement restĂ©e bĂ©ate, la bouche ouverte et les yeux brillants d’amour face Ă  Saucisse pendant un an, mĂȘme si ça reprĂ©sente 70 % de ma vie, je vous l’accorde. Il me restait donc 30 % de temps libre : 25% de sommeil, repas, douche et un petit 5 % de temps que je dĂ©diais Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  mon avenir, ou plutĂŽt NOTRE avenir.

Pendant ces petits instants de rĂ©flexion, beaucoup de questions remontent du type « que vais-je faire de ma vie ? », « ai-je vraiment envie de travailler ? » ou encore « pourquoi la vie pourquoi la mort pourquoi le capitalisme ? ». Sauf que pour une fois, ces questionnements ne m’angoissent pas. J’ai surmontĂ© une grossesse difficile, un accouchement violent, je me sens prĂȘte Ă  dĂ©placer des montagnes pour trouver ce que je veux faire, ce qui a du sens. Je me sens investie par cette nouvelle maternitĂ© et deux questions sont apparues dans ma vie « qu’ai-je envie de transmettre et qui ai-je envie d’ĂȘtre ? »

Je comprends maintenant les discours des femmes qui se sont rĂ©orientĂ©es suite Ă  leur maternitĂ© et les « la maternitĂ© m’a fait prendre conscience de  »

Qu’est ce que je veux faire ?

Quand on veut se rĂ©orienter on part souvent de ce qu’on sait faire, mais est-ce une bonne idĂ©e ? (nope)
Je sais faire “ça” (parce que je l’ai toujours fait ou parce qu’on m’a dit que j’étais douĂ©e pour) donc je vais continuer dans la mĂȘme branche. Par exemple, je cuisine bien et j’aime le sucrĂ© donc je vais faire chocolatiĂšre. Ça peut marcher sauf qu’on ne s’autorise pas Ă  penser Ă  autre chose.

Quand on veut vraiment se reconvertir et changer de milieu socio-professionnel, on ne doit pas penser Ă  nos compĂ©tences acquises. Sinon, on restera toujours dans le mĂȘme secteur d’activitĂ©, dans notre rĂ©seau.

Et avant de parler de ĂŽ combien nous sommes douĂ©-e-s, je pense important de parler de “reconversion socio-professionnelle” et pas seulement de “reconversion professionnelle”. Changer de voie, de mĂ©tier, c’est potentiellement changer de milieu social. Si je suis directrice marketing d’une grande boĂźte de cosmĂ©tiques et que je veux changer pour faire infirmiĂšre, mon environnement proche va changer. (J’aurais pu dire l’inverse sauf qu’en gĂ©nĂ©ral on se rĂ©oriente pour suivre une vocation cachĂ©e qu’on aurait Ă©crasĂ©e sous des torrents d’injonctions Ă  la rĂ©ussite et je ne pense pas qu’une infirmiĂšre se rĂȘve soudainement en directrice marketing chez L’OrĂ©al.)

J’en parle parce que je craignais les remarques et que le poids de mon (maigre) rĂ©seau professionnel ne me freine. Je ne voulais pas que M. Bagarre dans le mĂȘme secteur que moi, soit gĂȘnĂ© de dire “ma compagne est xxx” et que “xxx” soit perçu comme “elle n’est QUE *mĂ©tier de merde*”. C’est bĂȘte parce que dans le fond je m’en cogne de mon image sociale dans un milieu qui ne me correspond pas, je me cogne d’ĂȘtre perçue comme aisĂ©e ou pauvre, successfull ou ratĂ©e. (et M. Bagarre aussi s’en tamponne l’oreille avec une carotte).

J’ai expĂ©rimentĂ© la vie de femme au foyer, qui m’a valu des “oooh” d’admiration, parce que je suis perçue comme une mĂšre aimante et dĂ©vouĂ©e alors que si j’étais d’une condition sociale plus modeste on me jugerait avec condescendance. Donc globalement, ce que pourraient penser les gens, direction la poubelle verte.

Tout ça pour dire que changer d’environnement social est aussi Ă  prendre en compte. Travailler dans les mĂ©tiers de bouche aurait pu me plaire mais le milieu masculin pas du tout par exemple.

VoilĂ , bon, j’ai pris quelques mois (ou du moins les 5 % de temps que je m’accordais) pour me poser et rĂ©flĂ©chir Ă  ce que je voulais vraiment faire. RĂ©flĂ©chir, j’adore et le fais plutĂŽt bien, mais maintenant que je m’en sens capable et moins anxieuse, place Ă  l’action !

Se faire accompagner

Si rĂ©flĂ©chir sur soi avec de grandes phrases du type « quelle est ma destinĂ©e en ce bas monde ? » est assez prenant, il y a bien un moment oĂč la rĂ©alitĂ© nous met une petite tape sur la tĂȘte. Cette rĂ©alitĂ© tant redoutĂ©e s’appelle France Travail. Glamour. Penser Ă  Gabriel Attal et Bruno Lemaire chaque jour, vraiment, quelle vie merveilleuse.

Une chose que je ne fais pas assez souvent quand je suis nullos (et je ne pense pas ĂȘtre la seule) ou que je n’arrive pas Ă  aller au bout d’une idĂ©e, c’est m’entourer de personnes compĂ©tentes. Un matin, je prends les devants et contacte France Travail. J’explique vouloir faire un bilan, chercher une nouvelle voie professionnelle, que je veux que ce soit actif, et pas magistral, que j’attends du concret et un accompagnement vivant. Je ne veux pas 3 ou 4 rendez-vous oĂč je dois justifier de dĂ©marches, la tĂȘte baissĂ©e, avec une potentielle sanction en face si je n’incarne pas la chĂŽmeuse idĂ©ale.

On m’envoie dans le programme Activ’Projet, suivie par une entreprise compĂ©tente avec une intervenante dynamique et non jugeante, sans bienveillance molle.
On alterne séances individuelles et séances de groupe, ça se complÚte bien, le groupe est plutÎt homogÚne et enrichissant.
L’objectif de cet accompagnement est de trouver un emploi (what a surprise !) et/ou une formation. Mais en amont, il y a un gros travail de connaissance sur soi Ă  faire, ça va vite, en 12 semaines max, on doit dĂ©couvrir une orientation professionnelle parfois Ă©loignĂ©e de ce qu’on avait imaginĂ©.

C’est riche, intense et ça m’a beaucoup apportĂ© !

Vous pouvez me retrouver sur Substack, pour avoir de mes nouvelles directement dans votre boĂźte mail dĂšs que je publie.

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