Comment prendre le temps de rĂ©flĂ©chir quand notre situation nâest pas viable ? Avec un seul parent qui travaille pour un salaire bas ? Quand on est mĂšre cĂ©libataire ? Jâai la chance dâavoir un conjoint qui mâaccompagne, me soutient dans mon envie de prendre du temps. Et c’est prĂ©cieux.
RĂ©flĂ©chir sur soi câest un luxe
Jâai conscience de mon statut de privilĂ©giĂ©e, ĂȘtre mĂšre au foyer en ayant une certaine stabilitĂ© financiĂšre â bien que temporaire â est apprĂ©ciable. Je pensais vouloir ça pour toujours. Mais bien vite, jâai rĂ©alisĂ© que travailler me manquerait. Pas pour le travail, mais pour la socialisation que ça crĂ©e. Jâaime travailler en Ă©quipe sur des projets collectifs.
Pendant un an, jâai rĂ©flĂ©chi et profitĂ© de Saucisse. Je voulais vraiment prioriser cette petite personne et la voir grandir chaque jour, redĂ©couvrir avec elle la beautĂ© de ce monde et jâen parle ici. Je ne suis pas seulement restĂ©e bĂ©ate, la bouche ouverte et les yeux brillants dâamour face Ă Saucisse pendant un an, mĂȘme si ça reprĂ©sente 70 % de ma vie, je vous lâaccorde. Il me restait donc 30 % de temps libre : 25% de sommeil, repas, douche et un petit 5 % de temps que je dĂ©diais Ă rĂ©flĂ©chir Ă mon avenir, ou plutĂŽt NOTRE avenir.
Pendant ces petits instants de rĂ©flexion, beaucoup de questions remontent du type « que vais-je faire de ma vie ? », « ai-je vraiment envie de travailler ? » ou encore « pourquoi la vie pourquoi la mort pourquoi le capitalisme ? ». Sauf que pour une fois, ces questionnements ne mâangoissent pas. Jâai surmontĂ© une grossesse difficile, un accouchement violent, je me sens prĂȘte Ă dĂ©placer des montagnes pour trouver ce que je veux faire, ce qui a du sens. Je me sens investie par cette nouvelle maternitĂ© et deux questions sont apparues dans ma vie « quâai-je envie de transmettre et qui ai-je envie dâĂȘtre ? »
Je comprends maintenant les discours des femmes qui se sont rĂ©orientĂ©es suite Ă leur maternitĂ© et les « la maternitĂ© mâa fait prendre conscience deâŠÂ »
Quâest ce que je veux faire ?
Quand on veut se rĂ©orienter on part souvent de ce quâon sait faire, mais est-ce une bonne idĂ©e ? (nope)
Je sais faire âçaâ (parce que je lâai toujours fait ou parce quâon mâa dit que jâĂ©tais douĂ©e pour) donc je vais continuer dans la mĂȘme branche. Par exemple, je cuisine bien et jâaime le sucrĂ© donc je vais faire chocolatiĂšre. Ăa peut marcher sauf quâon ne sâautorise pas Ă penser Ă autre chose.
Quand on veut vraiment se reconvertir et changer de milieu socio-professionnel, on ne doit pas penser Ă nos compĂ©tences acquises. Sinon, on restera toujours dans le mĂȘme secteur dâactivitĂ©, dans notre rĂ©seau.
Et avant de parler de ĂŽ combien nous sommes douĂ©-e-s, je pense important de parler de âreconversion socio-professionnelleâ et pas seulement de âreconversion professionnelleâ. Changer de voie, de mĂ©tier, câest potentiellement changer de milieu social. Si je suis directrice marketing dâune grande boĂźte de cosmĂ©tiques et que je veux changer pour faire infirmiĂšre, mon environnement proche va changer. (Jâaurais pu dire lâinverse sauf quâen gĂ©nĂ©ral on se rĂ©oriente pour suivre une vocation cachĂ©e quâon aurait Ă©crasĂ©e sous des torrents dâinjonctions Ă la rĂ©ussite et je ne pense pas quâune infirmiĂšre se rĂȘve soudainement en directrice marketing chez LâOrĂ©al.)
Jâen parle parce que je craignais les remarques et que le poids de mon (maigre) rĂ©seau professionnel ne me freine. Je ne voulais pas que M. Bagarre dans le mĂȘme secteur que moi, soit gĂȘnĂ© de dire âma compagne est xxxâ et que âxxxâ soit perçu comme âelle nâest QUE *mĂ©tier de merde*â. Câest bĂȘte parce que dans le fond je mâen cogne de mon image sociale dans un milieu qui ne me correspond pas, je me cogne dâĂȘtre perçue comme aisĂ©e ou pauvre, successfull ou ratĂ©e. (et M. Bagarre aussi sâen tamponne lâoreille avec une carotte).
Jâai expĂ©rimentĂ© la vie de femme au foyer, qui mâa valu des âooohâ dâadmiration, parce que je suis perçue comme une mĂšre aimante et dĂ©vouĂ©e alors que si jâĂ©tais dâune condition sociale plus modeste on me jugerait avec condescendance. Donc globalement, ce que pourraient penser les gens, direction la poubelle verte.
Tout ça pour dire que changer dâenvironnement social est aussi Ă prendre en compte. Travailler dans les mĂ©tiers de bouche aurait pu me plaire mais le milieu masculin pas du tout par exemple.
VoilĂ , bon, jâai pris quelques mois (ou du moins les 5 % de temps que je mâaccordais) pour me poser et rĂ©flĂ©chir Ă ce que je voulais vraiment faire. RĂ©flĂ©chir, jâadore et le fais plutĂŽt bien, mais maintenant que je mâen sens capable et moins anxieuse, place Ă lâaction !
Se faire accompagner
Si rĂ©flĂ©chir sur soi avec de grandes phrases du type « quelle est ma destinĂ©e en ce bas monde ? » est assez prenant, il y a bien un moment oĂč la rĂ©alitĂ© nous met une petite tape sur la tĂȘte. Cette rĂ©alitĂ© tant redoutĂ©e sâappelle France Travail. Glamour. Penser Ă Gabriel Attal et Bruno Lemaire chaque jour, vraiment, quelle vie merveilleuse.
Une chose que je ne fais pas assez souvent quand je suis nullos (et je ne pense pas ĂȘtre la seule) ou que je nâarrive pas Ă aller au bout dâune idĂ©e, câest mâentourer de personnes compĂ©tentes. Un matin, je prends les devants et contacte France Travail. Jâexplique vouloir faire un bilan, chercher une nouvelle voie professionnelle, que je veux que ce soit actif, et pas magistral, que jâattends du concret et un accompagnement vivant. Je ne veux pas 3 ou 4 rendez-vous oĂč je dois justifier de dĂ©marches, la tĂȘte baissĂ©e, avec une potentielle sanction en face si je nâincarne pas la chĂŽmeuse idĂ©ale.
On mâenvoie dans le programme ActivâProjet, suivie par une entreprise compĂ©tente avec une intervenante dynamique et non jugeante, sans bienveillance molle.
On alterne séances individuelles et séances de groupe, ça se complÚte bien, le groupe est plutÎt homogÚne et enrichissant.
Lâobjectif de cet accompagnement est de trouver un emploi (what a surprise !) et/ou une formation. Mais en amont, il y a un gros travail de connaissance sur soi Ă faire, ça va vite, en 12 semaines max, on doit dĂ©couvrir une orientation professionnelle parfois Ă©loignĂ©e de ce quâon avait imaginĂ©.
Câest riche, intense et ça mâa beaucoup apportĂ© !




