Pour vous parler de Sylvaine Delacourte, je ne peux pas faire lâimpasse sur Guerlain. Elle a participĂ© Ă plus de 70 crĂ©ations de la maison avant de lancer sa marque et ce passage chez Guerlain marque encore ses crĂ©ations. Jâaime beaucoup les parfums Guerlain et les boycotter me crĂšve le cĆur. Ils ont cette signature olfactive si particuliĂšre, surtout les vintages (qui ont Ă©tĂ© reformulĂ©s depuis une dizaine dâannĂ©es, et je nâai pas pris le temps de ressentir chacune des fragrances concernĂ©es).
Si je les aime tant câest sĂ»rement en raison de la Guerlinade. Câest ça qui donne cette dimension aux parfums de la maison Guerlain.
La Guerlinade Kézako ?
Au-delĂ de la qualitĂ© des matiĂšres premiĂšres et de la maniĂšre dont elles sont structurĂ©es, la Guerlinade est un ensemble de 6 matiĂšres que lâon retrouve dans la plupart des crĂ©ations Guerlain :
La bergamote : une odeur fraĂźche avec une pointe dâamertume. Moins sucrĂ©e quâune orange, moins acide quâun citron, elle reste assez ronde.
Le jasmin : on connait le jasmin sambac et le jasmin grandiflorum lâun Ă©tant subtilement plus animal que lâautre qui est plus solaire. Guerlain utilise un mĂ©lange de plusieurs jasmins pour rendre celui-ci parfaitement unique.
La rose : la rose centifolia et la rose de Damas, comme pour le jasmin, lâune est plus fraĂźche que lâautre, plus charnelle. Encore une fois câest un Ă©quilibre entre ces roses qui est sĂ©lectionnĂ© par le parfumeur.
La vanille : on trouve surtout de la vanilline dans les parfums. La vanille est une matiĂšre extrĂȘmement prĂ©cieuse. Elle a un cĂŽtĂ© boisĂ©, chaud et est bien moins sucrĂ©e que la vanilline.
La tonka : Si je devais dĂ©crire la tonka, je dirais quâelle a un cĂŽtĂ© amandĂ©, vanillĂ© et baumĂ©, comme une vanille lĂ©gĂšrement torrĂ©fiĂ©e, avec des notes plus Ă©picĂ©es. Jây trouve presque des notes cireuses. La tonka est devenue Ă la mode dans les prĂ©parations culinaires ces derniĂšres annĂ©es, plus accessible, vous pouvez en trouver Ă des prix relativement abordables.
Lâiris : on utilise les racines dâiris qui offre des notes poudrĂ©es et rappelle les poudres de maquillage pour son cĂŽtĂ© veloutĂ©. Elle donne de la dimension au parfum, apporte une certaine ampleur.
Sylvaine Delacourte, Ă qui on doit plus de 70 crĂ©ations de la maison, comme Insolence ou Cuir BĂ©luga en parle bien mieux que moi, avec toute son expertise (et son blog est une mine dâor !)
Une marque sobre & minimaliste
Trois collections composent la marque, chacune centrĂ©e sur un ingrĂ©dient phares de la parfumerie : le musc, la vanille et la fleur dâoranger.
Chacune de ses crĂ©ations propose une vision diffĂ©rente de ces matiĂšres premiĂšres. Des parfums aux facettes vertes ou Ă©picĂ©es, des floraux, ou des aromatiques⊠Câest rĂ©jouissant de dĂ©couvrir toutes ces possibilitĂ©s et ça attise la curiositĂ©. Câest simple, jâai envie de tous les sentir !
Dire « jâaime/je nâaime pas telle ou telle matiĂšre premiĂšre » est un peu rĂ©ducteur tant les possibilitĂ©s sont infinies. Comme en cuisine, dire « jâaime le chocolat » est certes vrai mais est-ce que jâaimerais toujours autant le chocolat dans un plat comprenant du roquefort et du brocolis ? Du chocolat, est-ce que jâaime son amertume ou sa facette boisĂ©e ?
Sylvaine Delacourte propose des coffrets dĂ©couverte de chacune des 3 collections. Le tarif est abordable (10 ⏠par collection !!) et on bĂ©nĂ©ficie dâune remise si on commande un parfum par la suite. Jâaime beaucoup lâidĂ©e de ces coffrets qui rendent accessible la parfumerie de niche.
Je vous recommande cette marque pour :
Le prix des créations abordables pour de la parfumerie de niche et avec des matiÚres premiÚres précieuses ;
Sa pĂ©dagogie : le site est une mine dâor, entre partage dâexpĂ©rience, contenu plus technique, câest extrĂȘmement riche ;
Les coffrets dĂ©couverte si on veut dĂ©couvrir du parfum, comprendre et connaĂȘtre ce que lâon aime ou pas.
Jâai eu lâoccasion de tester 2 de ses muscs que jâai beaucoup apprĂ©ciĂ©s. Mais jâai dĂ©jĂ des parfums musquĂ©s et je voulais changer un peu ! Jâai donc commandĂ© la collection Oranger et la collection Vanille. Je vous fait un premier rĂ©capâ de la collection Oranger (du mieux que jâai pu, jâespĂšre transmettre ce que je sens de maniĂšre limpide).
ça va ressembler Ă une prise de notes que jâai frĂ©nĂ©tiquement saisi sur mon tĂ©lĂ©phone tout au long de mes journĂ©es Ă les porter.
Oranzo, le minimaliste
Mon premier rĂ©flexe a Ă©tĂ© de penser trĂšs fort « Mince, il nâest pas intĂ©ressant » Câest une fleur d’oranger classique, point. Pas sucrĂ©e pas oriental trĂšs plate lĂ©gĂšrement amĂšre. Un fond assez vert, cotonneux. Un effet peau propre et dĂ©licat.
Ce n’est pas un parfum chaud, le fond est aromatique et me rappelle l’eau de Rochas. Mais pour un petit prix, et si vous apprĂ©ciez le cĂŽtĂ© fleur dâoranger clair, NĂ©roli & Petit grain de 100bon sera parfait. Les ingrĂ©dients sont naturels, et je crois quâils sont vegan đ
Olyssia, floral et solaire
D’abord c’est la bigarade qui ressort avec son cĂŽtĂ© juteux et charnu sur laquelle on aurait dĂ©posĂ© des pĂ©tales de fleurs d’oranger et de jasmin. Câest fruitĂ© et rond puis une chaleur Ă©picĂ©e s’installe et le crĂ©meux du santal apporte une touche plus suave et un fond plus « terre ». On est sur un parfum structurĂ©, avec une jolie Ă©volution. Un parfum trĂšs Ă©quilibrĂ© entre le terrestre, incarnĂ© et solide et la lĂ©gĂšretĂ© des fleurs blanches vivifiĂ©e par une orange juteuse.
Un parfum chaud tout en finesse, on est loin d’un parfum coup de poing mais il a du caractĂšre. Olyssia est structurĂ© et Ă©lĂ©gant avec une belle Ă©volution. Chaque fois que je le sens, de nouvelles facettes ressortent, avant que ne se dĂ©pose des effluves orientaux opaques et entĂȘtantes, Ă©quilibrĂ©es par les fleurs blanches aĂ©riennes.
Les matiĂšres se fondent, c’est un parfum qui sent les printemps paisibles et joyeux.
Il reste assez facile Ă porter si on aime les fleurs solaires avec un twist plus profond, chaud. Il n’est pas aussi linĂ©aire que certains parfums solaires et se rĂ©vĂšle par petites touches.
Oscarine, fruité et pétillant
Le parfum s’ouvre sur une envolĂ©e fruitĂ©e et aromatique. C’est acidulĂ© sans ĂȘtre vif, on sent une facette poudrĂ©e arriver avec un esprit assez vintage.
Puis le parfum se pose. Et je sais ce qui me titille, c’est la framboise. LĂ oĂč la fleur dâoranger Ă©tait facilement identifiable dans Olyssia et Oranzo, ici, mĂȘlĂ©e Ă ces fruits et ces notes aromatiques, elle se transforme en une note chaude et âgonflĂ©eâ.
De la fleur dâoranger, on garde la douceur, le cĂŽtĂ© peau veloutĂ©e, de âbĂ©bĂ©â et une certaine espiĂšglerie mais on oublie la gourmandise et le cĂŽtĂ© fleurs blanches.
Ce parfum peut vous plaire si vous aimez les fragrances magnĂ©tiques avec une pointe de malice. Sâil est difficile Ă imaginer c’est parce qu’il est complexe et trĂšs structurĂ©.
On est loin de l’image propre et lumineuse de la fleur d’oranger, et c’est avec plaisir que j’ai dĂ©couvert cette dĂ©clinaison !
Ozkan, le vintage chaud et imposant
C’est d’abord une odeur de cĂ©rĂ©ales avec un cĂŽtĂ© crĂ©meux, la lumiĂšre de la fleur d’oranger et une base plus terreuse sĂ»rement portĂ©e par lâimmortelle. VeloutĂ©, chaud avec une pointe d’amertume, il est d’abord difficile Ă capturer.
Puis quand il se pose sur la peau, son évolution devient boisée, légÚrement musquée, profonde.
Il me rappelle Heure bleue, par la façon qu’il a de se poser sur la peau et ses relents poudrĂ©s de l’hĂ©liotrope.
Chaque matiĂšre premiĂšre apporte une nuance, ce qui en fait un parfum difficile Ă porter Ă l’heure du minimalisme. L’association de la tonka, sorte vanille sophistiquĂ©e, de l’hĂ©liotrope poudrĂ©e qui donne du gonflant et dĂ©veloppe un sillage persistant et du cuir riche et chaud forme un cashmere rĂ©confortant et sensuel.
Enfin, les notes de fond forment un ensemble boisé et musqué.
Il peut ĂȘtre assez opulent tout en Ă©tant dĂ©licat. A toute petite dose il pourrait ĂȘtre un parfum de peau mais difficile de doser ce parfum qui peut monter Ă la tĂȘte.
Pour moi ce serait un parfum de Dame avec un D et de maman avec un M. Difficile mais majestueux.
Il peut vite devenir gras et plombant. Je pourrais le porter au restaurant pour une sortie chic mais les parfums lourds quand on dĂ©couvre de nouvelles saveurs nâest jamais pertinent. Au final, sâil Ă©voque le luxe avec son cĂŽtĂ© Ă©picĂ© et floral, je nâarrive pas Ă me projeter avec.
Osiris, la nature gourmande
Dâabord une mandarine juteuse pleine de joie, puis elle se pose et arrivent des notes de sĂ©same, une matiĂšre premiĂšre rare et surprenante. Je sens des notes poussiĂšre illuminĂ©e par la grĂące de la fleur dâoranger. On sent poindre un miel vĂ©gĂ©tal qui donne du corps et de lâĂ©paisseur. C’est gourmand, chaud et lumineux.
Le cĂŽtĂ© miellĂ© qui peut ĂȘtre Ă©cĆurant pour certain-e-s, donne de la profondeur au parfum. Le miel est travaillĂ© avec des accents de pollen et de cire. AssociĂ© au vĂ©gĂ©tal de la sauge, se dessine un parfum gourmand. C’est une gourmandise loin des pĂątisseries du dimanche et des crĂšmes sucrĂ©es, mais une gourmandise fruitĂ©e, naturelle, comme des agrumes charnus dans des champs de fleurs appĂ©tissants.
Ce nâest pas original mais c’est doux, agrĂ©able.
La fleur dâoranger offre une sucrositĂ© loin des parfums gourmands Ă la Angel qui peuvent ĂȘtre clivants. Ici, on a la facette gourmande la plus simple de la fleur dâoranger, rĂ©alisĂ©e avec dĂ©licatesse, comme une promenade olfactive dans des allĂ©es de nature sucrĂ©e.
Un parfum qui mâa fait craquer ?
Pas vraiment, mĂȘme si câest une super occasion de dĂ©couvrir de nouvelles fragrances, surtout pour un prix si riquiqui. Globalement, jâai Ă©tĂ© assez déçue par cette premiĂšre collection. Les parfums trĂšs structurĂ©s et pointus changent de facettes en cours de journĂ©e, mais chaque facette que jâattrapais mâapparaissait comme « trop simple » pour le prix et mes attentes.
Je me suis sentie comme « en dĂ©faut », dans lâincapacitĂ© de les saisir, comme si mes connaissances Ă©taient lacunaires. Je ne saurais dĂ©crire ce sentiment, mais aucun des parfums ne mâa comblĂ©e. Je ne me suis pas dit « ah tiens celui-ci je me le prends ». Ils sont tous beaux, bien exĂ©cutĂ©s, mais il me manquait cette petite chose. Câest comme un plat basique et bien exĂ©cutĂ©, câest bon et beau mais on attendrait ce « petit truc » qui nous fait craquer.
Jâaimerais beaucoup que la prochaine collection soit centrĂ©e autour du jasmin avec un travail autour de son cĂŽtĂ© plus animal.




