Je vous parle d’ateliers d’Ă©criture parce que ce sont de beaux espaces de richesse.
Jâaime Ă©crire (surprenant non ?) Et si jâĂ©voquais dans mon dernier post lâĂ©criture collective, câest parce que jâai beaucoup pratiquĂ© les ateliers dâĂ©criture. En tant que participante surtout, mais aussi en tant quâanimatrice occasionnelle.
Et câest ça dont je voulais parler aujourdâhui, des ateliers dâĂ©criture et de son approche collective. Je vais surtout aborder les ateliers dâĂ©criture crĂ©ative.
Dans un atelier dâĂ©criture crĂ©ative, on produit plusieurs textes aprĂšs proposition faite par lâanimateur-trice. On travaille des textes courts, qui nâont souvent pas de continuitĂ© au sein de lâatelier.
â ïžJe vais partager ma pratique des ateliers, qui nâest pas universelle ni complĂšte. Je vais laisser Ă dâautres le soin de parler des ateliers dâĂ©criture thĂ©rapeutiques et de construction de romans ou rĂ©cits longs. Jâaborde les ateliers sous un angle collectif, ludique et gĂ©nĂ©reux.
La contrainte et la liberté
Une des premiĂšres formalisations connue des ateliers dâĂ©criture nous vient du XXe, avec lâOulipo mais aussi la âPataphysique et les surrĂ©alistes. LâidĂ©e centrale dâun atelier dâĂ©criture câest la « proposition » quâon appelle dans lâOulipo une contrainte. Partir dâune contrainte, câest sâoffrir un cadre et provoquer lâacte crĂ©atif.
On pourrait croire que cette contrainte, si elle pousse lâacte crĂ©atif â ici lâĂ©criture â pourrait nous faire tomber dans une forme performative de la pratique, soit « Ă©crire pour Ă©crire ». Câest ce point qui peut-ĂȘtre bloquant pour certain-e-s, qui la prennent alors pour ce quâelle est basiquement : une contrainte, une difficultĂ© et donc un gros bloc qui se dresse entre la feuille et lâĂ©crivain-e.
A ça, je rĂ©ponds que lâatelier dâĂ©criture nâa pour ambition collective que de crĂ©er, de fabriquer, de tester. Lâambition individuelle de chaque participant-e lui appartient : certain-e-s viennent pour avancer son rĂ©cit, enrichir une pratique, prolonger son roman, partager un moment ludico-crĂ©atifâŠ
Et puis Ă©crire pour Ă©crire est un motif valable dâĂ©criture, tous les motifs le sont, et il nây a pas de raison plus noble quâune autre pour Ă©crire.
Une proposition (je prĂ©fĂšre ce terme à « contrainte ») peut ĂȘtre formelle (le lipogramme oĂč on Ă©crit sans certaines lettres comme La Disparition de Georges Perec, Ă©crit sans la lettre e), thĂ©matique (on Ă©crit sur lâamour), les deux. Elle peut ĂȘtre courte, longue, avec des Ă©tapes, construite Ă partir dâun matĂ©riau commun⊠La proposition doit ĂȘtre claire, comprise de toustes, cohĂ©rente, adaptĂ©e au public. Et bien sĂ»r, si elle offre un cadre, elle peut ĂȘtre outrepassĂ©e (ouais on est rebelles ici).
Ecrire ensemble, écrire avec
Dans un atelier, on est environ 6 Ă 10 participant-e-s, autour dâune table, papier, carnets, stylos, crayon sous les yeux, sourire aux lĂšvres, un peu intimidĂ©-e-s les premiĂšres fois Ă lâidĂ©e dâĂ©crire et de partager Ă cĂŽtĂ© dâautres. Vient la proposition, puis le temps dâĂ©criture, et enfin, le partage. Et puis parfois, on nâĂ©crit pas.
Est-ce quâon Ă©crit Ă cĂŽtĂ© ou ensemble ? Je pense quâon Ă©crit ensemble, quâon se nourrit, que le cadre de lâatelier teinte indĂ©niablement nos productions et que lâanticipation du partage joue. On nâĂ©crit pas seulement pour soi, mais aussi pour les autres, pour ce moment dâoralitĂ©.
Jâaime travailler sur ce « ensemble » en prĂ©voyant dans la construction de la proposition un moment de construction collective. Ăa peut ĂȘtre un travail sur les mots, des Ă©crits que dâautres vont sâapproprier ou encore lâĂ©laboration dâune idĂ©e collective comme dĂ©clencheur dâĂ©criture.
On crée, on élabore, on précise
Si une des raisons Ă la participation dâun atelier dâĂ©criture câest pour sa dimension collective, toutes les raisons existent et appartient Ă chacun-e.
Mais quand mĂȘme, on y fait quoi ? On Ă©crit, oui, mais ça veut dire quoi ? AprĂšs tout, lĂ aussi jâĂ©cris, non ?
Cette question pourrait ĂȘtre rĂ©flĂ©chie et pensĂ©e de maniĂšre bien plus longue et construite. Je vais y apporter une rĂ©ponse brĂšve et limitante : on Ă©crit. Guillaume, partageait une rĂ©flexion assez juste sur lâimagination, et faisait le parallĂšle avec le sport. MalgrĂ© ma haine pour le sport, le parallĂšle est pertinent : en Ă©crivant, on sâentraine.
Je prĂ©fĂšre manger Ă faire un jogging, donc jâai tendance Ă rapprocher chaque aspect de ma vie lâĂ©criture de la pratique culinaire. Un atelier dâĂ©criture câest une invitation Ă associer de nouvelles saveurs, comme une glace chocolat piment, on ne sait pas ce que ça fait sur la langue tant quâon nâa pas goĂ»tĂ©. On aime, ou pas, on veut retester ou pas mais on saura. On pourra regoĂ»ter, en parler, lâamĂ©liorer.
Et puis, on Ă©crit en Ă©crivant. Fabricando fit faber, « Câest en forgeant quâon devient forgeron » comme dit lâadage. Plus que la pratique, on va affiner, assumer certains choix, apprendre Ă ciseler, Ă Ă©toffer. Et si on est déçu-e-s, frustrĂ©-e-s, ça fait partie de lâexpĂ©rience. Lâatelier offre un cadre, un support de rĂ©flexion sur « ce que jâaurais aimĂ© Ă©crire si jâavais le temps, si jâĂ©tais seul-e ». Câest de la matiĂšre quâon construit, quâon emporte chez soi.
Tous les mots enrichissent et construise notre imaginaire.
Jâoubliais : on prend du plaisir aussi ! Câest un moment Ă soi quâon sâoffre dans nos vies oĂč la crĂ©ativitĂ© est souvent sacrifiĂ©e au bĂ©nĂ©fice dâautres choses parfois tout aussi belles.đ




