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📼 Bruce Willis, le cinéma & moi

A chaque fois que je dis que j’ai découvert Star Wars ou Terminator en 2019 et 2020, j’ai toujours les mêmes réactions « la chance, j’aimerais les découvrir maintenant » !

Que j’ai entendu “QUOI T’AS PAS VU *insérer n’importe quel film culte* ?” teinté de surprise méprisante.

Avant 2019, je n’avais vu qu’un ou deux blockbusters. Arnold Schwarzenegger ? Bruce Willis ? Mel Gibson ? Harrison Ford ? Je ne connaissais pas. Je voyais qui c’était mais jamais je n’avais vu de films où ils apparaissaient. En même temps, je m’attendais à un film d’horreur quand j’avais un jour allumé M6 pour voir La Cité de la peur et un documentaire en regardant La Vie de Brian sur Arte. Pas futé la fille me diriez-vous.

Ce n’est pas par manque de curiosité, mais plutôt par manque d’intérêt et il a fallu que j’attende d’avoir presque 30 ans pour découvrir Terminator ou Last action hero.

J’ai une culture ciné déplorable, mais je sais aujourd’hui que je peux découvrir, prendre le temps de regarder et rattraper un “retard”.

Je regardais quoi alors ?

Petite, j’étais très télé. J’ai mangé des dessins animés à la pelle. Ma très bonne mémoire, fait que je me souviens de la plupart des dessins animés de cette époque chérie des années 90. Puis, j’ai découvert la trilogie du samedi, mais toujours pas de films le soir, pas non plus de cinéma dans mon village de campagne.

J’ai grandi dans un milieu culturellement privilégié, j’avais accès à une culture plutôt académique et alternative, mais pas vraiment mainstream. J’ai eu le privilège de pouvoir connaitre la peinture, la photo assez jeune, la littérature aussi, la musique alternative.

Pourtant, malgré un écart qui aurait pu me marginaliser (je n’ai aucun souvenir des Pokemon) j’étais tellement ignorante de cette culture, que je ne la voyais pas.

C’est pas loin de la trentaine que j’ai rattrapé ce « retard ».

Finis les films intellos, feutrés, où je ne m’autorisais finalement que peu de divertissement, mais où je cherchais de la stimulation intellectuelle.

« Les jours où »

Trois événements ont bouleversé mon rapport au cinéma et plus largement à la culture populaire :

  • Un film indĂ©pendant HORRIBLE que je suis allĂ©e voir au cinĂ©ma avec ma sĹ“ur, qui voulait juste ĂŞtre provoquant, un peu rĂ©pugnant. J’ai failli quitter la salle et en sortant bam on assiste Ă  un accident de voiture. Pas grave, mais de cette soirĂ©e, je garde un souvenir glauque, grisâtre et violent. Un truc qui me prend Ă  la gorge et refuse de me lâcher, jouant avec un cadavre de cerveau.

  • Un film espagnol, muet, en noir et blanc, plein de flamenco, de jeux de regards profonds et de cocasserie. Je suis sortie de la salle heureuse. Le film m’a transportĂ©, je ressens une forme d’épiphanie : un jour je serai heureuse. Je me revois, marchant sur le trottoir ensoleillĂ© de Lyon en cette fin de matinĂ©e, avant de rentrer chez moi, boire un bol de cafĂ© sur ma table jaune bancale, pleine de reconnaissance pour les cinĂ©astes, les actrices capables de construire de la beautĂ©.

  • Le dernier Ă©vĂ©nement c’est la rencontre avec mon conjoint, il y a presque 10 ans, qui a baignĂ© dans une culture cinĂ© populaire, qui pour la première fois pouvait le partager avec quelqu’un qui allait tout dĂ©couvrir.

J’ai aussi eu la chance de rester ouverte et « bon public ».

Bon public, c’est accepter de me laisser emporter par un univers loin de moi, de rire d’absurdités, de loufoqueries, d’être en empathie avec des personnages fictionnels.

L’émerveillement sans nostalgie

J’ai découvert Star Wars juste avant le confinement, et je me suis plongée dedans, loin des querelles de passionnés de ceux qui aiment « les vrais » et « les autres. Je me suis laissée happer par cet univers fait de grandes aventures spatiales. Si je prends l’exemple de Star Wars, c’est parce que c’est un monument. La question n’est pas tant de savoir si j’ai aimé la saga, mais de constater que j’étais passé à côté de tout un tas de références culturelles. La voix de Vador, les sabres laser, la coupe de cheveux de Leïa. Je n’ai aucun souvenir du marketing des années 2000 lié au film. Je suis passée à côté, comme on passait à côté des cabines téléphoniques : ça faisait partie d’un paysage que je ne regardais pas. Pourtant, quand je suis tombée dedans, j’ai vécu l’émerveillement. Une fois embarquée dans le film, j’étais dans les vaisseaux de Star Wars à faire piou piou (comme des tirs laser, pas comme des oiseaux), j’ai souffert des pieds dans Die Hard, et j’ai détesté Biff Tanen comme des milliers de personnes avant moi. Rien n’a vieilli, les mécaniques scénaristiques et visuelles des blockbusters traversent toute la culture cinématographique et façonnent les films d’hier comme de demain. J’ai découvert les rouages d’une narration construite, portée par une diégèse cohérente. Je ne suis pas exigeante quand il s’agit de divertissement, j’accepte de me laisser prendre et je laisse de côté mes doutes, même quand il s’agit de voyages temporels.

Du plaisir de voir des films

Aujourd’hui, je prends plaisir à regarder des films, même des mauvais (et je viens de regarder tout Charmed), parce que j’observe, je fais des liens entre des films, des œuvres. Et je peux savourer la plupart des œuvres que je regarde car je m’investis, je sais d’où je regarde et je participe à l’œuvre et par mon regard de spectatrice.

Quand je parle d’un film, je le façonne et je le teinte de mon interprétation, encore plus si j’en parle à une personne qui ne l’a pas vu.

Apprécier les films de la pop culture, m’a permis d’aimer et de participer à une culture commune. Et sans pop culture, je n’aurais jamais pu comparer la coupe de cheveux de Saucisse au mulet flamboyant de Mel Gibson dans L’Arme fatale.

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