Ces derniers temps, mes seins ont Ă©tĂ© le sujet de quasi toutes mes interactions sociales. Et par « seins », je veux dire lâallaitement et ça me met dans une colĂšre noire.
Je nâĂ©tais pas sĂ»re de parler de ça aujourdâhui, parce quâĂ©crire sur la colĂšre ressemble Ă un flot de mots violents, plein dâaigreurs et de mots revanchards. PlutĂŽt que partager de la rage, je vais partager mon expĂ©rience de lâallaitement, ce nâest pas exhaustif et câest Ă©crit dâune traite. Si vous avez des questions, si je suis maladroite, vous pouvez Ă©videmment mâen faire part đ
(Yâa QUAND MĂME des morceaux de rage)
(Et non pas de visuel, parce que je suis en colĂšre, et quand je vois lâiconographie sĂ©lectionnĂ©e, câĂ©tait une ode Ă la destruction avec des seins, donc bof.)
Je nâai pas de posture sur l’allaitement.
Jâallaite depuis bientĂŽt 19 mois en public ou Ă la maison, quand Saucisse le souhaite.
On me colle des Ă©tiquettes de maman militante, maman hippie, maman poule. Je suis jugĂ©e tous les jours par des proches et des inconnus. On me dit que je suis dĂ©pendante de ma fille, quâelle est dĂ©pendante de moi.
Mais je m’en cogne. Je me suis lancĂ©e dans l’allaitement sans prĂ©voir sans ĂȘtre sĂ»re que ça fonctionnerait.
Mon parcours dâallaitement
J’ai trĂšs tĂŽt eu envie d’allaiter. Je l’ai su dĂšs que je suis tombĂ©e enceinte, mais je sais aussi que c’est une aventure Ă deux, entre BĂ©bĂ© et moi. Je m’Ă©tais laissĂ© la possibilitĂ© de ne pas allaiter, et si BĂ©bĂ© ne veut pas ou ne peut pas ?
Et si je n’ai pas de lait ?
AprĂšs l’accouchement par cĂ©sarienne, on mâa sĂ©parĂ©e 2 heures de Saucisse. 2 heures qui ont durĂ© 2 siĂšcles.
Quand j’ai retrouvĂ© ce petit bĂ©bĂ©, j’ai fait quelque chose qui comptait pour moi, je l’ai posĂ©e sur mon ventre pour quâelle vienne dâelle mĂȘme chercher le sein. Je ne voulais pas la coller direct contre mes seins, je voulais quâelle prenne son temps, la sentir grimper et se positionner. Mais la sage-femme lâa attrapĂ©e et lâa positionnĂ©e avec fermetĂ© en me jetant un Ă©trange regard comme si jâĂ©tais un peu stupide ou un peu secouĂ©e.
Les jours qui ont suivi, Saucisse ne prenait pas assez de poids. Je voyais bien quâelle tĂ©tait Ă sa faim. MalgrĂ© le feu sur mes seins, je la regardais en souriant avec bonheur.
Les premiĂšres montĂ©es de lait Ă©tait impressionnantes. Les seins lourds + tendus + gonflĂ©s. Je suis passĂ©e dâun petit B Ă un gros E.
Un mélange de surprise et de douleurs, de découvrir ce corps qui ne cesse de changer.
Mais Saucisse ne prenait pas assez de poids.
On lâa complĂ©mentĂ©e avec un petit tuyau et du lait de substitution, on mâa dit avec fermetĂ© « tâfaçon yâa des femmes qui y arrivent pas comme vous ».
On mâa demandĂ©e de tirer mon lait.
Je ressemblais Ă une vache qui pleure, je nâai pas rĂ©ussi.
Est-ce que je me suis sentie un peu nulle ? Oui sûrement.
Mais je me suis accrochĂ©e, je sentais bien que c’Ă©tait sa place Ă Saucisse.
Jâai souffert Ă en pleurer pendant presque 2 mois. Saucisse la mini goulue Ă©tait un peu brute et elle tĂ©tait toutes les 2h Ă la minute prĂšs.
Lâallaitement a continuĂ©, il sâest intĂ©grĂ© Ă notre quotidien et jours et nuits.
Je sentais Saucisse grandir maintenant sa petite main caressait le sein en attente, ou caressait mon menton et mes lĂšvres, elle aimait rouler ma peau entre ses petits doigts.
à 6 mois, on a essayé le biberon.
Je trouvais important que son pĂšre ait aussi son moment avec elle.
Ăchec.
En mĂȘme temps, l’allaitement c’est si pratique. Tu sors sans biberon, sans eau sans rien avec tes nichons (a priori on peut pas vraiment sortir sans) et c’est bon !
Ăa nâavait pas encore dâimportance. C’Ă©tait rare et rien ne me faisait douter de ces moments passĂ©es ensemble.
Ă partir de son premier anniversaire, ça sâest amplifiĂ©.
à ses 13 mois, ses doigts agiles ont commencé à sortir mes seins de la chemise.
Ă 14 mois on mâa reprochĂ©e d’ĂȘtre trop collĂ©e Ă ma fille. Si vous connaissez une technique d’allaitement par tĂ©lĂ©pathie faites le moi savoir.
à 16 mois, les ennuis ont commencé.
Les remarques, les conseils se sont faits insistants (souvent de mecs qui nâont jamais eu la question de lâallaitement comme centrale dans leur vie). Je commence Ă prendre conscience que je vais devoir lutter.
Oui ma fille est collĂ©e Ă moi oui lâallaitement est contraignant oui les gens voient mes seins et câest mĂȘme pas pour leur plaire.
Ce qui mâenrage câest quand on parle de mes seins toute une soirĂ©e, que ça revient, que les questions sont toujours les mĂȘmes, quâon me demande si jây prends du plaisir (sexuel donc), quâon me conseille dâarrĂȘter pour laisser la place Ă son pĂšre ou quâon demande si ça ne gĂȘne pas Monsieur Bagarre.
Et je tiens tĂȘte.
Ce que je pense de lâallaitement ?
Câest pratique.
Câest un moment que jâai aimĂ© comme jâai aimĂ© donner le biberon et regarder ma fille les yeux dans les yeux.
Je ne me sens pas plus femme, pas plus mĂšre, pas âmieuxâ parce que je donne le sein. Juste plus fiĂšre de moi, dâoser sortir poitrine ouverte en public, dans le tram, dans les cafĂ©s et les parcs.
Je suis fiĂšre dâavoir tenu tĂȘte et dâavoir eu confiance en nous malgrĂ© ce que disaient les soignantes, parce quâau fond, je savais que tout irait bien.
On arrĂȘtera lâallaitement quand on arrĂȘtera. Avec la crĂšche, lâĂ©cole ou le temps.
Je refuse de servir un agenda politique. Je refuse quâon me mette sur un piĂ©destal, quâon me prĂ©sente comme une super mĂšre parce que jâallaite, que je donne le âmeilleurâ Ă ma fille. Ce nâest pas mieux, il y a plein de choses que je nâai pas donnĂ©es Ă ma fille. Je refuse de participer Ă une quelconque position qui tendrait encore Ă rĂ©duire les femmes Ă un rĂŽle de mĂšre, Ă une fonction.
Je ne suis pas une fonction, je refuse de devenir un argument dans des débats essentialistes ou réac.
Je sais que je suis une bonne mĂšre. Parce que je ne suis pas parfaite, parce que parfois je nây arrive pas et que jâen parle Ă ma fille, parce quâon fait ça ensemble, on dĂ©couvre ensemble la vie, le sommeil, les repas. Et lâallaitement nâest pas une Ă©chelle de valeur pour dĂ©terminer si une mĂšre est une bonne mĂšre.
Dernier message : les mecs vous nous faites chier Ă regarder nos seins, Ă nous en parler, Ă nous demander si on prend du plaisir. Si on suit votre logique, le tampax câest lâextase ??
On en a RAS LE CUL de votre avis, personne ne vous le demande, aucune mĂšre ne demande lâavis dâun inconnu sur ses NIBARDS ni sur sa MATERNITE.
Oui, je suis en colĂšre parce quâon doit se la fermer en permanence et que vous lâouvrez pour juger notre intimitĂ©, nos choix, notre maternitĂ© ?
Commencez par payer lâĂ©ducation et les pensions alimentaires de vos gosses.




