rendons les mardis plus joyeux

Accueil • đź§  pensĂ©es • 🎊Comment l’anxiĂ©tĂ© a disparu de ma vie
Accueil • đź§  pensĂ©es • 🎊Comment l’anxiĂ©tĂ© a disparu de ma vie

🎊Comment l’anxiĂ©tĂ© a disparu de ma vie

L’anxiété a longtemps fait partie de ma vie. Elle s’en est allée, d’abord petit à petit puis d’un coup, avec la maternité. Et elle ne me manque pas !
J’aurais aimé lire des choses à ce sujet, que ce ne soit pas tabou. Même si on parle bien plus qu’avant de la santé mentale, l’anxiété reste une brume grisâtre, flottant entre des les mots “maladies” et “stress”. Du coup, je masquais – j’y passais toute mon énergie – et n’arrivais pas à me considérer comme une personne ayant besoin d’aide.

Le premier pas n’est pas le plus difficile

Si je garde des traces de cette longue cohabitation avec l’anxiété, je pense bien en être guérie, ou du moins, je suis capable de m’en débarrasser. Et j’arrive à en rire.
C’est devenu une sorte de bouillasse que je touille avec un bâton comme les soupes de sorcières que je faisais petite : ça a l’air franchement dégueu (et ça l’est) mais c’est quand même un peu rigolo.

Décidé de me faire aider, n’est pas en réalité le premier pas. Les premiers pas vers la guérison ont commencé bien avant, c’était discret mais aller mieux est devenu une nécessité bien avant de chercher de l’aide.

Les premiers balbutiements, ont commencé avec le Covid, je suis rentrée dans la spirale maudite du télétravail. J’attendais avec impatience les moments off, pendant lesquels je vivais ma meilleure vie. Mes collègues et ami-e-s découvraient l’anxiété, moi je continuais mon bout de chemin avec elle. Je les voyais aller mal et j’ai pris les devants, j’en ai parlé, avec humour et beaucoup d’autodérision. Le rire m’a aidée à rendre ça socialement acceptable. L’aspect social était alors très important pour moi.

Je commençais à accepter que l’anxiété est un ensemble de mécanismes qu’on peut déverrouiller. Je n’étais juste pas assez forte pour faire ça seule et mes petits muscles de la joie étaient bien flasques au bout de 20 ans sans être utilisés.

Sauter Ă  pieds joints dans la bouillasse

En 2021, ma vie s’apprête à changer complètement, je viens de quitter mon job pour rejoindre mon conjoint à 600 km dans une ville et une région que je ne connais pas. A ce changement, douloureux et pourtant plein d’espoir, s’impose la nécessité d’aller bien. Changer de vie dans l’angoisse n’est pas envisageable. A ce moment-là, je suis au bout de ce que je peux supporter. Et si je ne peux pas le supporter, que va-t-il m’arriver ?

Je me revois, chercher une psy dans ma future ville, prendre rendez-vous sur Doctolib en visio. Je voulais arriver dans cette nouvelle vie avec une thérapie déjà entamée. Les rendez-vous sont prévus pour le mois suivant et je ne sens pas la praticienne dispo trop axée sur le développement personnel. Mais je le tente quand même, après tout, ne faut-il pas tester plusieurs psys avant de trouver LE ou LA bonne ?

Quand soudain, un vendredi après-midi, je vois qu’un créneau se libère pour le jour même, avec une autre psy, à 18h. Ni une ni deux, je réserve, la photo de profil me convient, la psy a un visage rond, souriant, un superbe haut fleuri et surtout une paire de lunettes colorées, je la « sens bien » (comme quoi tout tient à une paire de lunettes).

Première rencontre, je fais part de mon souhait de travailler à mon mieux-être, j’attends plus de moi que d’elle et je veux être actrice de ce changement. Cette énergie me surprend. Je sens que je suis prête.
Le premier rendez-vous se passe, la psy est directe, elle m’explique que notre travail va être de s’attacher à trouver des solutions. On n’est donc pas dans de l’analytique mais bien dans une Thérapie cognitive comportementale, on est dans du dur, du concret et ça tombe bien, je suis prête à tout démolir et surtout, tout reconstruire.

Faire tomber le masque & faire face

Le plus dur, c’est quand on commence à taper dans le dur. Je fais face à un énorme obstacle, un rocher gigantesque à tailler avec un marteau minuscule. Elle a ces phrases qui me marquent : « vous n’êtes pas seule, d’autres personnes vivent ça » et « vous n’en serez jamais débarrassée, mais on va travailler pour que vous viviez avec plus facilement ».
Apprendre que d’autres vivent ça, m’aide et me pousse à prendre de la distance, à me regarder avec moins de sévérité, comme je regarde ces « autres » qui en souffrent.
Le fait d’entendre que je n’en serai jamais débarrassée me rassure. C’est réaliste de se dire que ça ne disparait pas, la tâche me semble moins insurmontable. J’ai toujours eu peur aussi de ne pas savoir vivre sans anxiété, elle qui m’a collée jusqu’à se fondre en moi pendant si longtemps. Elle a fini par me définir et j’ai encore peur d’être nue sans elle.

Au fur et à mesure que la thérapie avance, je vois que j’évolue, je pleure moins, gère mieux mes émotions. La neutralité de la psy qui pose des questions franches me met face aux obstacles que je me suis construits. Par exemple, quand j’expose une situation difficile avec un de mes proches, elle peut dire « Dites non », ou « Avez-vous essayé de stopper les contacts ? » Ce sont toujours des remarques pertinentes et objectives, qui, une fois énoncées, apparaissent évidentes.
Elle me fait travailler, détailler mes journées, rédiger ce que je considère comme des réussites personnelles. J’apprends à prendre du recul, à me considérer.

On peut aussi échanger sur une possibilité de traitement, sur le fait qu’elle y a eu recours, sur ses galères informatiques quand la visio déconne. Ces petites brèches dans sa posture de soignante m’ont encore plus aidée.

Cette personne en face de moi, qui me regarde comme une personne sans le prisme limitant du mal-ĂŞtre pathologique arrive Ă  me faire changer.

“Et alors ?”

Ah la la, ce “et alors ?”… Chaque fois que j’expose une situation délicate, source d’anxiété et d’insécurité, elle me répondait du tac au tac « et alors ? »

Exemple d’un échange :

« – cette amie m’a fait des remarques grossophobes et misogynes.
– Et alors ?
– Eh bien ça m’a blessĂ©e et j’ai encaissĂ© je n’ai rien dit.
– Et si vous aviez dit quelque chose ?
– Je risquais de la blesser.
– Et alors ?
– Oui, et alors ? Peut-ĂŞtre que lui dire me permettrait juste de montrer mes limites.
– Dire “non” Ă  quelqu’un ce n’est pas le blesser. »

(Moi en for intérieur, je vois bien que les « non » me blessent mais c’est un dysfonctionnement et je travaille dessus, donc je peux en attendre autant de l’autre en face.)

C’est avec ces « et alors » et « c’est quoi le problème ? » que je comprends qu’on s’attaque à du concret et surtout à désamorcer les situations d’anxiété qui me mettent en danger affectif. On ne travaille pas sur le pourquoi mais sur le comment. Le pourquoi, j’ai eu le temps d’y penser en 20 ans d’anxiété. Le comment par contre ?? Comment on fait pour ne plus être anxieuse, en insécurité permanente ?

J’avance, commence à entr’apercevoir la possibilité d’un mieux-être, quand soudain…

Soudain, je respire

J’en ai marre. Marre d’aller mal, marre d’avoir envie de crever 3 jours sur 4, marre de pleurer jusqu’à 3h du matin en boule sur mon canapé. Je n’en peux plus de souffrir. Encore une fois, sur un coup de tête, je prends une grosse décision : j’annule mes rendez-vous à venir. Je fais le pari d’aller bien, un pari sans risque, car au pire, j’ai une psy.

Je me dis, haut et fort « à partir de maintenant, je vais tout faire pour aller bien, et si ça ne marche pas, retour en thérapie ». Et je m’y suis tenue, j’ai appris à prendre soin de moi, juste parce que j’aimais ça et que je ne prenais plus le temps de le faire, à manger seule avec plaisir, à sortir seule par envie.

J’ai retrouvé le bonheur du soleil du matin. On est en 2022, et j’ai réussi à me débarrasser de l’anxiété.

La même année je tombe enceinte, et c’est une révolution. Je le sens dans tout mon corps, dans toutes mes pensées que devenir mère va me rendre heureuse pour toujours. Je sais que je si post-partum il y a, je ferai face comme j’ai fait face pendant 20 ans. Je sais que je veux être une mère épanouie, une figure rassurante, forte et lumineuse. Je veux éclairer la vie de mon bébé, mon enfant, mon ado.

Et puis… grossesse difficile, effets secondaires, maladie et accouchement violent, j’ai eu droit à la totale. Peut-être qu’un jour je parlerai de ce parcours difficile, des craintes, du tunnel qu’est l’hôpital, de ce monde où la prise de décisions doit être rapide, et l’attente des résultats si longue.

Je rencontre Saucisse. Je suis une maman heureuse. Et plus rien ne me fait peur.

Vous pouvez me retrouver sur Substack, pour avoir de mes nouvelles directement dans votre boîte mail dès que je publie.

Encore de la lecture ?